3.4 Les deux auréoles Sainte Geneviève, avec Jeanne d’Arc, reste parmi les figures les plus populaires de la France. Nulle relique ne connut une dévotion pareille à celle de sa châsse ; dévotion ardente, familière, naturelle. Sots culte accompagne le développement de Lutèce, et Geneviève en deviendra le palladium. Quand, en 1793, des énergu-mènes brisent le reliquaire et brûlent les ossements, la ville ne s’en remet point. On sait peu de choses sur Geneviève, mais attachantes. Elle naquit vers 420, à Nanterre, d’où, en paissant ses brebis, elle voyait la cité luire entre ses bras d’eau et corsetée par ses palanques, ses murs de bois. On est sûr de sa rencontre avec saint Germain d’Auxerre, en 430, quand le pape envoie l’évêque en Angleterre. Soyons laïcs pour être plus vifs rencontre déterminée et non fortuite ; c’est la petite fille précoce choisie pour apporter son bouquet et son compliment au grand personnage qui passe. Elle a dix ans et nous sommes en présence d’une belle enfant, sage et bien disante. L’évêque la félicite et lui donne une médaille — cadeau encore rituel — qui restera le seul bijou de Geneviève. La jeune fille, exaltée, se consacre au Seigneur et lui voue sa virginité. Autour d’elle se tissent la pureté, la paix, la piété : elle rayonne. Son influence s’étend d’autant plus que Geneviève ira bientôt vivre en plein Paris. Et voici les faits inoubliables. Attila menace Lutèce, tous veulent fuir. Geneviève enraie la panique et per. suade aux habitants de rester chez eux. Qu’elle ait su, grâce à son don de voyance, que le conquérant sauvage épargnerait la cité, c’est le premier miracle, mais le fait humain prodigieux et qui le vaut sera cette transmission de son calme, l’efficacité de son assurance. Comment arrêter une foule, apaiser cette contagieuse folie, détendre l’angoisse collective ? Un exode universel freiné par une jeune femme, une seule, réduite à elle-même ; et enten-due et prise au sérieux, et obéie, niais n’est-ce pas le second miracle et le plus surprenant (451) ? Le 23 juin suivant, Attila est vaincu aux Champs Catalauniques, près de Troyes. Un des plus grands charniers de toutes PAR LA VARENDE les guerres : immense massacre de Barbares par d’autres Barbares, les premiers venus s’acharnant sur les derniers arrivés. Aetius, Mérovée, Théodoric défendent leur proie et l’Empire romain n’est plus qu’un souvenir. De toutes les selles des chevaux morts, Attila entasse un gigantesque bûcher où il saura mourir, Hercule du crime. Il fait encore si peur que, d’effroi, on le laisse fuir. Alors Geneviève devient sacrée ; elle est l’oracle de Lutèce, la conseillère des rois, la vénération des sages et son renom gagne même l’Orient. Saint Simon Stylite la fait saluer par des marchands de Paris qui sont venus au pied de sa colonne d’Antioche. Elle mûrit dans sa gloire, vieillit, devient caduque, et la bergerette de Nanterre finit par mourir à quatre-vingt-douze ans, clans l’unanime sanglot de sa ville. Cependant Jeanne d’Arc nous touche plus encore. jamais l’on n’épuisera l’étonnement et l’admiration qu’elle ins-pire. Nom avons tous aimé la fière paysanne de clix-sept .s — oui, dix-sept ans ! — qui dompte les hommes de guerre et s’en va tout droit vers le Prince. L’acquies-cement de Baudricourt, de cette vieille loque de guerre, n’est-ce pas déjà un triomphe à vous tirer des larmes ? Quels furent les mots de Jeanne, son attitude dans son cotillon rouge, la véhémence, l’émanation de tout son être ? S’annexer Baudricourt au point qu’il ne craigne plus les responsabilités ni l’angoisse provinciale du ridi-cule ! Et Jean de Metz et Poulangy qui l’accompagnent, d’un seul coup dévots, nettoyés de leur grossièreté de mâles, de leur vilenie ! Comme l’on voudrait savoir leurs propos, au long des routes, du 23 février 1429 jusqu’au Ô mars ! A Chinon, elle a contre elle le Conseil de la Couronne. Le Dauphin est ému, mais elle apparaît comme un inventeur illuminé parmi des vieillards tristes eu vaincus… Elle l’emporte encore ; elle reçoit une armure et fonce sur Orléans OÙ elle entre le 29 avril, le délivre et revient crier au Dauphin qu’il faut aller à Reims. Le Conseil refuse, mais elle l’emporte toujours. Et voici le fulgurant ‘,sue Duran, illuelrant le liure de Iteluine Pernoud, Sur les pas de Jessee d’Are. Mité !ses 0eellelll 31