ALFRED SMITH aux confins de l’embouchure du Rhône. Mais il sied toutefois de savoir dessiner et d’apprendre le métier de peintre. Donc, M. Alfred Smith fréquen-tait, à ses moments perdus, quelques peintres qui avaient travaillé avec Corot, avec Courbet, Troyon, Dupré et Rousseau; enfin, avec toute cette pléiade admirable de t Sao. C’était, entre autres, Auguin, un élève de Corot, de qui Castagnary parlait en termes élogieux : Voilà un artiste que je suis depuis une dizaine d’années dans nos salons. Ses envois ont été sou-vent remarqués, jamais il n’a eu de médaille. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il n’a pas d’amis dans les membres du jury, parce qu’il n’est pas en relations d’affaires avec le marchand in-fluent… » Combien d’artistes ont, comme Auguin, pâti d’étre trop isolés ou trop fiers. Après Auguin, Bandit, Chabry, Pradelles, un disciple de Courbet. Tous ces peintres ont eu, d’ailleurs, leur heure de notoriété. M. Alfred Smith, à leur contact, sentit s’affirmer sa vocation. Il travailla ferme et dessina des arbres, étudia le paysage sur nature, ce qui ne l’empêcha pas, au contraire, de peindre la figure. Lui-même m’a fourni le témoignage du labeur pictural qu’il dut assumer pour pouvoir voir clair enfin dans ses affaires. Alfred Smith, presque aussitôt, eut l’extraordi-naire chance de vendre de sa peinture, plus heu-reux, en cela, que Millet et Rousseau, et combien !… Il est des gens chanceux. Dieu nous garde de les en blâmer. Alfred Smith fut de ceux-là… Vers t886, il commença enfin à pouvoir réaliser son rêve le plus cher, c’est-à-dire quitter les affaires et ne plus s’occuper que de peindre. Quelle joie pour lui!… Vivre de sa peinture… En toute franchise, M. Alfred Smith avait dû bien BORDEAUX VU DU PONT (JOURNÉE DiUVER 271 CRÉPUSCULE mener sa barque pendant ses années de labeur financier. Il pouvait encourir sans péril les risques et les aléas de la vie artistique. Alfred Smith exposait au Salon des Artistes fran-çais depuis longtemps déjà. Le succès s’affirmait. La critique le distinguait, dénonçait son habileté, sa sincérité, sa grande puissance de v Plus tard, entre autres critiques bienveillants et admi-rateurs, Gustave Geffroy devait louanger son oeuvre de Venise et rendre ainsi justice à ses réali-sations brillantes. Lors de la séparation des deux Sociétés, M. Al-fred Smith suivit à la « Nationale » Roll, avec qui il était lié par une véritable amitié et pour le talent duquel il professe une réelle admiration. Roll lui donna des conseils et des encouragements précieux. Il ne nie pas en avoir profité avec avantage. Tous les forts sont modestes. M. Alfred Smith fut nommé Sociétaire à la fon-dation de la Société Nationale des Beaux-Arts. Il avait, antérieurement, obtenu ses médailles à la Société des Artistes français. Il était ainsi hors concours. En 1894, M. Alfred Smith est nommé chevalier de la Légion d’honneur. Le musée du Luxembourg acquiert une de ses oeuvres, un délicieux sous-bois.