L’ART ET LES ARTISTES CHARLES HERMANS — L’AUBE remarque surtout une esquisse de Vieille Dame et une grisaille du roi Léopold V », faite d’après nature. Le musée de Bruxelles possède du maitre portraitiste gantois plusieurs peintures officielles. Parmi ses meilleurs portraits il faut citer ceux de Rolin, de Laurent, du prince d’Arenberg, de Standfort, etc. C’est alors que des artistes à l’esprit indépendant essayèrent de renouveler l’ancien art historique, en y introduisant plus d’intimité et une observa-tion plus vraie de la mise en scène. Jan van Beers fit sensation en montrant un Artevelde mort, jeté sanglant devant une palissade derrière laquelle on entrevoyait la silhouette tragique des tours de la vieille cité gantoise. Albrecht Devriendt nous offrit Charles-Quint à ses heures dernières ; Juliaan Devriendt, la Justice de Baudouin à la Hache; Ooms, le Duc d’Albe écla-boussé de sang. Charles Verlat, à son retour d’un voyage en Terre Sainte, recherche d’autre part la couleur locale dans des sujets religieux représentés dans une note réaliste et brutale. Un grand artiste belge, Félicien Rops, qui séjourna très souvent à Paris, se refuse à un classement rigoureux. A la fois peintre et graveur, son oeuvre s’imposa de bonne heure et lui valut une sorte de célébrité satanique grâce à des compo-Bruulle, sitions prodigieuses où il représente la remisse avec tous ses péchés, profanant tout, même l’amour. Cette figure d’artiste, si complexe, se résume pour-tant, comme le dit si bien Lemonnier, en deux caractères essentiels : a le mépris des conventions et le respect de soi-même en tant qu’artiste. » Rops appartient à ce genre diabolique, créé par Bosch et Callot, osais qui se continua en France jusqu’au xi x. siècle, par des auteurs satanisants tels que Baudelaire et Barbey d’Aurevilly. s Il célébra la liturgie du péché en casuiste ensorcelé, bien plus qu’en adepte des saturnales. » La pente de son esprit le ramenait perpétuellement vers la femme, dont il sut, de main de maitre, exprimer les névroses, depuis ses fureurs érotiques cruelles, rappelant ses hérédités primitives, jusqu’aux raffi-nements les plus pervers de la vie moderne. C’est vers 188o que l’art de Constantin Meunier, jusqu’ici peintre d’histoire, se transforme soudain. Il se mue en a un interprète puissant de la glèbe et de l’enfer des machines ». Son Usine, sa Fonte de l’Acier, firent sensation. Enfin, l’artiste avait trouvé-sa voie en devenant le peintre des détresses sociales, rappelant jusqu’à un certain point, dans ses oeuvres, la sobriété et la grandeur des plus belles pages de Millet. Les groupements et les expositions tapageuses 10