L’ART ET LES ARTISTES Sainte-Hélène, on distingue à peine, aujourd’hui, à travers les branches des hauts platanes et la toiture des baraque-ments, la coupole du mausolée. Il appartenait à la Jeune-Turquie », fièrement jalouse des gloires nationales, de rendre à la tombe de Hair-Eddin sa splendeur d’autrefois. Après entente avec l’Enettf, ou ministère des fondations pieuses, qui se trouve etre le pro-priétaire des constructions élevées autour du tombeau, et, moyennant expropriation, il a été décidé qu’on abattrait maisons et arbres qui cachent le tombeau. Une grande place reliera désormais le mausolée A la rive, et l’on pourra, de nouveau, contempler les flots bleus à travers les baies du mausolée. On ne peut qu’applaudir à ce projet en voie de réalisation, grnice auquel un des joyaux de l’architecture ottomane sera rendu à la joie des }eus et l’admiration des artistes. SUISSE ‘indisonmch de la section de sculpture et s.t ont frappé, au Salon national suisse de Zurich, tous ceux qui fréquentent avec quelque suite nos expositions fédérales d’art. La sculpture a pris, en Suisse, depuis quelques années, un essor réjouissant qui va de pair, il faut bien l’avouer, avec le progrès des subventions officielles, encore bien res-treintes, niais aussi avec le développement de goût ut de la culture artistique dans notre pays. Une belle phalange de jeune» sculpteurs a surgi, dans ces dernières années, qui, tour en se formant à Paris, Munich et Milan, gardeur avec le pays natal de solides attaches et reviennent souvent y fixer leur destin. De ces trois influences étrangères, la plus forte et la plus heureuse est, sans con-teste, celle des mannes français. Rodin, Dampt, Falguière, Chape, ont donné leur précepte, leur exemple ou leur con-seil à nos meilleurs sculpteurs. Parmi ceux-ci, un disciple de Rodin, M. A. Niederhau-sern-Rodo, s’est t peu à peu libéré de l’influence excessive qu’exerçait sur lui l’autorité d’un maitre prestigieux. Ses envois à Zurich, l’Elé et l’Ani/anse, montrent un progrès sensible de l’artiste dans la voie d’une impression et d’une expression personnelle. La nmitrise du métier et la saveur d’une inspiration poétique très saine et très francise s’unis-sent ici en uns, belle harmonie, et ces deus morceaux sont justement admirés par la critique et par le public. Le groupe de M. James Vibert, Pére el Fils, se fait remar-quer par la puissance, la vigueur, le caractere nettement architectural. L’attitude et l’expression un peu énigmatiques de ces deux robustes figures s’expliqueraient EEHDLIE si l’on savait que Ste groupe n’est qu’une partie d’un ensemble monu-89 ADOLPHE THALASSO. A considérable qui a pour moth cc l’Effort humain cc». l’Effort l’antipode de cette vigueur un peu massive, les deux en-vois de M. Ed. Sandoz (Line Fillette, Fontaine, se distinguent par une grace un peu mvre et une élégance un peu trop cherchée. Nous leur préférons beaucoup [‘œuvre émouvante et simple de M. C.-A. Angst, une Maternité, très belle d’exécution, très fervente et très intime d’inspiration, qui fait songer, dans une note toute moderne et toute humaine, aux madones florentines du Quattrocento. Les bustes de M. Aug. Huer, bien étudiés e, vivants, les figures correctes et peu originales de M. H. Siegwart, le groupe allégorique du bon animalier M. Oscar Waldrnann nous retiendront un instant, comme aussi l’Etv, si jolie et trop sage, tic M. W. Menthes, ou la Jeune Fille en si bon point de M. Ed. Zimmermann. Tout cela, sans etre transcendant, révèleun niveau d’art honorable très supérieur à eu que nous avons connu, ou subi, dans la statuaire suisse de la génération précédente. Le progrès est plus sensible encore, et plus réjouissant, dans la section des arts décoratifs, où les vases en métal ciselé et repoussé de M. John Dunand, les va émaillés de M. J.-H. Dem m ole, les vases en grès flaméses de M. P. Reyes-Lacroix, les bijoux très originaux de Mn,. M. Bedon, révèlent une véritable renaissance d’une forme d’art autrefois florissante et glorieuse chez nous. L’effort considérable fait par certaines villes suisses, comme Genève, pour créer ou développer, dans leurs écoles, l’enseignement de l’art appli-qué, commence à porter ses fruits. G. ✓ALLErrE.