L’ART ET LES ARTISTES valeur des fresques Maculant, avec un tel bonheur, des scènes de chasses médiévales. La encore, nous sommes en plein slavisme, plus proche de Rcerich, de Bilibine et môme de Jucha Uprka, lorsqu’il lui arrive d’illustrer de vieilles légendes moraves, que de quoi que ce soit d’authen-tiquernent madyar. Qu’importe, après tout, puisque c’est d’une fière beauté et que celé fait si grand honneur à l’archi-tecte Joseph Fischer et au peintre Alexander Kcercusfcci ! Les sections autrichiennes ont essayé de faire honnêtement la part a. nationalités. Mais est-on jamais vraiment tout à fait honnête en pareille matière? Il y aurait ici encore beau-coup à récriminer. Cependant, rien de comparable é ce qui se passe en Hongrie. Et, en gros, l’élément slave peut s’estimer satisfait. Quoi qu’on lui fasse ou en fasse, c’est lui qui triomphe. Et dés rentrée. C’est de M. Jisdrich Tomec, un Tchèque, que Prague repousse, parce qu’il vit à Vienne, et que Vienne ne reconnais pas collante siens, parce qu’il est Tchèque, ce magnifique décor de montagnes et de sombres forêts du nord de la Bohême. C’est â M. Filipkiewicz qu’est incombé le soin de réunir quelques typiques échantillons de paysages polonais, car, tout au long de cette exposition, on a eu le bon esprit de ne pas séparer la chasse de son décor, et c’est ici vraiment une véritable exposition du paysage austro-hongrois, par tous les procédés, mécaniques comme artistiques. Le grand tableau de M. Filipkiewicz, l’Hiver dans le Tally, produit ici le même effet de soûlerai-selé que dans les expositions purement artistiques. La Moravie se plaint d’un grand désordre dans la présentation et de certaines menues injustices au profit, bien entendu, de l’élément allemand, car, dans ces pays utraquistes, cotase on dit là-bas, tout, absolument mut, se complique de poli-tique. Elle a raison. Et elle a tort aussi, puisque aussi biens, il suffit de quelques miles de Jozka Uprka pour en synthé-tiser les aspects. Mais la grande découverte, la grande bonne nouvelle de cette exposition, c’est l’art décoratif, encore des scènes de chasse slave, de cet artiste nouveau, de Bukovine, que je signalais derniéremest A la Sécession de Munich, M. Alfred Offner, de Cersovitz. L’Autriche-Hongrie compte désormais en lui u taitre de plus, et un tout grand. Du plus grand de tous, Klimt, on peut dire A la fois qu’il est absent et qu’il est partout. L’influence des quelques années de Kunstschau, non seulement dans la grande salle déco ce par les jeunes artistes viennois de si singuliers pan-neaux, mus du même format, mais partout où il y a véri-tablement art moderne autrichien. Or, je m’aperçois que je n’ai parlé que de celui-ci l’ancien nés fourni cependant matière à l’énumération de combien de curiosités, dispersées travers les kilométras de bois de cerfs, de cornes de bouquetins et de bêtes empaillées. Mais, là encore, il faudrait un spécialiste, — quelque chose comme un grand-veneur de l’objet d’art et des représentations cynégétiques. La chasse àu bibelot insolite et précieux eût été, A cette exposition, presque aussi fructueuse que les vraies chasses dans ces grandes plaines de Moravie, où des milliers de pièces figurent, chaque automne, aux tableaux impériaux. WILLIAM RITTER. ÉTATS=IJNIS PAHTOUT nos Expositions d’été ont eu un succès éclatant. D’aimée en année, on observe que rintérét que prend le public aux exhibitions d’art augmente énormément. Il y a très peu de temps que, chez nous, L’amour du Beau se confi-nait dans un cercle très restreint. Maintenant, même dans nos petites villes, le peuple veut savoir, il veut aimer l’art. Il en est encore ignorant, c’est vrai, mais ce désir est de bon augure pour l’avenir. Prenons, comme exemple, l’Exposition encore ouverte Poland Springs (Maine) dans le petit musée fondé par la famille Ricker. En cet endroit, très loin de toute ville, les paysans n’ont jamais vu de tableaux ni de morceaux de sculptures : personne n’en possède. L’état du Niaise est presque aussi large que toute la France ; on peut y parcourir des milles et des milles sans trouver de cités ni méme de villages. Poland Springs est situé au milieu d’une grande forêt, pleine de ronces, où se trouvent des sources thermales. C’est pourquoi les Ricker ont érigé deux maisons magnifiques pour les gens riches qui veulent boire de ces eaux. Mlle Ricker, élève du Boston Art School, a conçu l’idée d’avoir use Exposition annuelle pendant la saison des eaux, quand il y aurait beaucoup de millionnaires susceptibles d’acheter les oeuvres exposées — cela aiderait les artistes et susciterait une nouvelle affluence d’oeuvres d’art. Mais l’Exposition n’a pas pour but seulement d’aider les artistes ou d’amuser les étrangers, mais plutôt d’instruire, d’intéresser les paysans, de donner à ces pauvres gens quelque chose é quoi penser pendant les longs et rudes hivers quand la neige les emprisonne dans leurs forêts ron-ceuses. 86 De ce côté, MER’ Ricker a eu pleine satisfaction. Tout le monde vint pour discuter les oeuvres exposées, pour les admirer et les étudier, et la vie dure des champs, des petits villages a été fort améliorée par la présence des nouveaux venus. Cet été, on pouvait compter jusqu’à cent soixante-seize oeuvres d’an tableaux et sculptures — Besson, Decamp, Chase, Hassan, Waugh, Woodbury, Borglum, Mary Macon. ber, Anna Coleman Ladd, Loura, C. Hills — voilà les noms des plus célébres de ces exposants. Chaque année, les Riches dépensent, de leur propre cassette, une somme de cinq mille francs pour enrichir d’une ou deux de ces œuvres leur collection permanente, car leur musée est toujours ouvert, et les paysans les plus éloignés viennent, de temps en temps, es contempler les trésors I A Chicago, la Société de Friands of Am erican Art, dont je vous ai déjà parlé, a tout récemment reçu un don de cent vingt mille francs pour acheter des tableaux d’artistes américains (avec garantie d’une pareille somme pendant cha-cune des cinq années suivantes). Ces tableaux seront placés au musée d’art de Chicago. L’événement artistique de ce mois A New-York est l’ou-verture de la nouvelle bibliothèque du musée Métropolitain: Vingt mille volumes sur l’histoire de l’art, et toutes les revues d’art contemporain. Comme toujours, beaucoup d’artistes sont venus passer leurs vacances à Glocester.