L’ART ET LES ARTISTES fere, peinte à la mode italienne d’Urbino et de Lucca, le retint quelque temps. Elle lui permettait de fixer selon son gré le motif de décoration sur une terre vernie cuite au four. C’était un progrès. Mais cette peinture sur faïence l’eut vite lassé. Il chercha encore. Les terres des environsdeParis n’ont pas une qualité spéciale. Ce sont de bonnes glaises de potier. A Fresnes, à Montereau, André Méthey trouva des argiles grasses et moelleuses qui docilement s’assou-plissent sur le tour et se tiennent bien au feu. Couleurs et vernis là-dessus joueraient à l’aise. Il fallait tenter l’expérience. ‹i On obtient du noir, dit un technicien, en mélangeant le manganèse, l’oxyde de fer et le cobalt dans la proportion de huit, six et trois. v lin autre conseille cinq, sept et quatre ». Méthey jeta tous ses livras. Les mélanges donnent des résultats médiocres et vulgaires. Il n’en fit plus. Il s’en tint aux ma-tières colorantes pures, les superposant parfois, laissant aux 1.200 degrés du four le soin de les faire réagir. Un sel de cuivre, recouvert d’une préparation plom-beuse, donne un vert sans éclat. Sous une couverte alcaline, il res-sort en tonalités vives. Sous l’oxyde d’étain, le cobalt pousse son plus beau cri de bleu. Ainsi, par tâtonnements, à la suite de tentatives sans nombre, se réduisirent à quelques flacons toutes les richesses du labora-toire. Tel biscuit prêt pour la cuisson semble peint avec de l’encre. Onze heures dans la fournaise, et voilà les tons développés, les couleurs épanouies… Tour de magicien ? Non. Ouvre patiente et sûre d’un obser-vateur dont cha-que effet fut cherché, noté, voulu. *** Ainsi André Méthey crée sa méthode. Suc-cessivement il conquiert les bleus, les jaunes, les rouges, les noirs, les ors. Il est maitre aujour-d’hui des verts. biais les roses le tourmentent. Il les trouvera demain. On le voit. La distance est grande qui l’éloigne de l’Ecole des Arts décoratifs. Elle apparaît mieux encore quand on regarde son dessin. Retrouvons-nous ici un style ou un genre ? Y a-t-il quelque pet imitation, copie, dans le but poursuivi ou dans la manière d’y atteindre? On ne peint pas comme cela, d’habitude déclarèrent les décora-teurs de métier que Méthey tenta d’employer comme aides. D’habitude, on suit servi-lement le décor d’après des cartons types et selon la for-mule. Comment nos bons élèves, figés dans cette rou-tine, eussent-ils pu concevoir l’effort créateur, ad-mettre que l’art déco-ratif comporte quoi que ce soit de commun avec la vie? André Méthey a mis dix ans à se débarras-ser des préjugés d’école. Selon l’impulsion spontanément éclose, il jette sur le papier des impressions et des sou-venirs. Puis il compare son interprétation au document exact, à la nature photographiée. Du rapprochement entre la réalité précise et son imagination réminiscente naît le motif de décoration. 262