L’ART ET LES ARTISTES FRANCIS COTES LA DUCHESSE DE GLOUCESTER tocratie, sereine et nonchalante, suit l’exemple donné en haut lieu. Bientôt, Reynolds, le lumi-neux, va promener ses grands seigneurs et ses grandes dames dans les parcs verdoyants, sur les terrasses des châteaux; Gainsborough fixera, de son pinceau prestigieux, le charme onduleux des duchesses et des actrices. Romney, Hoppner, puis Lawrence tendront vers le même idéal de beauté saine et de grâce. Une foule de talents suivront l’exemple des Maîtres. De même qu’en France, un siècle plus tôt, les marquises et les précieuses avaient discipliné le goût jusqu’à l’extrême amenuisement des idées et des mots, on voit en Angleterre, à cette époque, par une réaction naturelle contre la grossièreté primitive, les cercles artistiques et mondains se resserrer et l’Art se spécialiser et se faire délicat jusqu’à la mièvrerie. C’est alors qu’à côté du grand art du portrait, largement traité à l’huile, prendra naissance, moins grandiose, mais très pur et très charmant, l’art du pastel. Les Russell et les Gardner vont rivaliser avec les Perronneau et les Là Tour. Ce sont des artistes (1) L’artiste se plut souvent à représenter cette enfant dans ses œuvres du dêbut Au m. siècle. (ESQUISSE AU PASTEL) d’une race différente, aucune imitation de l’art français n’est possible. Les modèles ne sont d’ailleurs pas les mêmes : plus intellectuels et plus sensuels en France, ainsi leurs peintres seront plus psychologues et plus troublants ; plus sains en Angleterre, et les artistes que nous allons rapide-ment passer en revue rendront surtout le charme extérieur et le rayonnement des ladies et des actrices grandes dames, la beauté fraiche de l’en-fant, ce délicieux baby que l’Angleterre a cultive comme une fleur ». (Th. Gautier.) Mais c’est le même art, fragile et léger, celui qui devait natu-rellement exprimer avec le plus de fini les senti-ments et les goûts de l’époque. Cet art atteignit à la fin du xviir siècle, en Angleterre, à la perfec-tion la plus exquise, la plus simple. Le précurseur des maîtres anglais du pastel est Francis Cotes, qui se révèle dès 175o. L’influence de la Rosalba sur son œuvre est indéniable. Eléve de Knapton, qui avait lui-même employé avec quelque succès n les crayons de couleurs », il s’ins-pire surtout de Ramsay, le maitre écossais, au goût discret, frère du nôtre, et de Reynolds, dont le génie pénétrait tous les ateliers. Ses portraits sont exacts, d’un dessin habile, mais un peu dur, de couleur agréable, un peu crayeuse peut-être. Son meilleur titre de gloire, aux yeux de la postérité, est d’avoir été le maître de Russell. SIR THOMAS LAWRENCE (1769-183o) LA PETITE BLOXHAM, NIECE DE L’ARTISTE I 254