LE MOUVEMENT ARTISTIQUE A L’ÉTRANGER Le jubilé du prince régent de Bavière a poussé la direc-tion du Musée national è la reviSiOn et la reproduction des souvenirs de la maison de Wittelsbach, qui y sont conservés, en une imposante publication d’un caractère très â part. Les rapports de l’Art avec une faseille régnante sont de diverses sortes. Il ne s’agit ici que des objets ayant appartenu é ces princes ou les représentant, portraits, meubles, bibelots. Mais cela suffirait, â la rigueur, pour témoigner du rôle important que cette maison a joué dans l’art et l’histoire d’Allemagne, longtemps avant qu’il fut question d’un royaume de Bavière, de Louis I et du philhel-lénisme, de Louis II et de Wagner. AUTRICHE=HONGRIE y ‘EXPOSITION de printemps du Ilagenbund, à Vivo., marque une fois de plus la prépondérance de l’art slave clans l’ensemble autrichien. Tchéques et Polonais y pullulent. Le merveilleux est que le qualité de leurs œuvres est en raison directe de leur quantité. Des tableaux comme le Dire Irx et la Mère de Dieu de M. Kasinfir Sichulski, le Retour de l’Eglise, de M. Jozka Iffirka, le Regard surfe Pays, de M. Aloys Kalvoda, les natures mortes et paysages savam-ment harmonisés de MM. Henryk de Uziemblo et Gustav Gwozdecki, les eaux-fortes de Prague de M. Stretti-Zanffioni, l’été sur une rue de Prague, toute jaune et un délicat por-trait de femme de M. Victor Stretti ; les estampes pari-siennes de M. Frantisek Simon ; les Tziganes, de M. Jakub Obrovsky, la Récolte des Pommes de terre, de M. Richard Lauda, il faudrait tout citer. Mais qu’importent une demi-douzaine de nones de plus ou de moins ? L’essentiel à rete-nir est ceci dés qu’il s’agit d’art, les majorités slaves reprennent tous les droits que la politique, en Hongrie, leur refuse, en Autriche, leur mesure, et ce sont elles qui donnent aux grandes expositions viennoises leur vrai caractère. A Prague, la Société Marres e subi la crise de croissance qu’un observateur avisé pouvait depuis longtemps prévoir. La séparation violente, qui s’accomplit dans toute Société d’artistes modernes, au bout d’une vingtaine d’années d’exis-tence, a eu lieu à la suite d’une exposition de soi-disant néo-primitifs. Vit-on jamais étiquette d’un tel note-sens ? Parmi ceux qui l’adoptent se trouvent cependant de jeunes artistes de grand talent, tels que le décorateur Frantisek Kysela. Ils se sont retirés et forment désormais un nouveau groupe — L’exposition de printemps de la société Manet montre surtout des travaux de sculpteurs : MM. Ma-ratka, Sturza, Bilck, Spaniel, et, en dehors de M. Bielk, c’est partout l’influence à peu près textuelle, si je puis ainsi dire, du maitre Rodin. En outre une quarantaine de bois, des dessins et quelques rares projets d’architecture. — Des diffi-cultés et discussions interminables ont lieu en ville à propos de l’emplacement à trouver, sur le. Stdroniesiske namesti, au monument à Jean Huss de M. Saloun. En revanche, l’érec-tion du Saint-Vaclav de M. Myslbek, sur la place qui porte son n om, sera chose faite avant peu. Le club pour la conservation du vieux Prague voudrait trouver ici le n’élue appui que la bizarre petite chapelle Saint-Roch de Stœznice : il est de fait que les démolitions les plus barbares comme les moins justifiées ne cessent d’attrister les admirateurs et amis de Prague. Il s’agirait cette fois de sauver l’antique maison le Sir pari, qui fut le rési-dence de Jean de Luxembourg, de le reine Elisabeth et de Charles IV et ot) se trouvent encore des débris de l’ancienne splendeur du sel!» siècle, des plafonds peints, des voûtes gothiques ou renaissance. Il s’agirait aussi d’épargner au Parc aux Cerfs, l’ignominie d’un tramway, qui doit profaner le Hradain. Mais que faire lorsque l’Hôtel de Ville même s’arrange à ce que les délais légaux ne soient pas observés, Wmunet Rtffiga. de façon â ne pas permettre à l’opinion publique de mettre en branle les commissions compliquées de qui dépendrait le salut de tant de nobles et grandes choses? Et ainsi, de jour en jour, l’une des plus belles villes du monde s’enlaidit à plaisir. Certaines récentes démolitions se sont effectuées comme de véritables guet-apens… ou comme le chemin de fer du Mont-Saint-Michel. Hélas! dans les écoles de Bohéme et de Moravie le corps enseignant ne recrute que des gens dont l’éducation artistique, et même l’autre aussi, serait tout d’abord â faire cc sont toujours les instituteurs qui instruisent vais qui n’élèvent pas n. Et si une génération respectueuse des ieilles pierres monte enfin, il sera trop tard, plus rien ne subsistera de l’étonnant Prague que nous avons connu dans les années 1888 à 1895. Ces doléances ont une fastidieuse monotonie et c’est bien là-dessus que comptent les acharnés destructeurs, qui croient manifester leur patriotisme par des plans d’alignements éventreurs ou la construction de mons-truosités telles que le pont Svatopluk Cech. Dieu veuille que les deux nouveaux, récemment votés, ne lui ressemblent pas. Un peu de la beauté du vieux Vienne impérial gis en les grandes monumentales lithographies eu deux ou trois tons de M. Cari Moll ; celle de la Dalmatie se reflète dans le beau recueil de M. Artur Rœssler ; Kralovê Hradec et Street-berk sont célébrés par des cycles d’études de M. Iaroslav Panuska ; si du moins avant de démolir Prague on recourait à s artistes pour en perpétuer le souvenir. Il n’y a pas de villees au monde où s’éditent des cartes postales plus artistiques, (voir certaines séries Minerva), mais qui, d’autre part, soit plus pauvre eu collections de reproductions directes de détails archéologiques ou architectoniques. De beaucoup des plus belles, des plus précieuses ou singulières choses de Prague on n’est pas capable de trouver même une photo-graphie! Tous les voyageurs aux fies Baléares gardent le souvenir de l’exquise hospitalité de l’Archiduc Louis Salvator. On sait quel archéologue, écrivain, historien et artiste distingué il sait être, et cc que lui doivent, comme les Baléares, l’île de Paxes et la petite ville de Parga, sur la côte d’Epire, auxquelles il a consacré des publications somptueuses. Tout dernièrement, il vient de publier, anonymement, à Prague, une étude tout aussi intéressante sur un coin de Dalmatie, le canal de Calame., et un volume sucs documenté sur les rochers fortifiés des Baléares, dernieres citadelles de la légi-timité contre l’usurpateur aragonais. Quel dommage que de telles œuvres demeurent inconnues du grand public et quel dommage aussi de ne pouvoir implorer l’aide d’un si puis-sant protecteur dans les questions qui intéressent directement son propre pays ! Je voudrais une fois au moins attirer l’attention sur la culture artistique des Roumains de Transylvanie. On sait la situation précaire de cette population, aussi intéressante que les Slaves, et peut-être plus parente des Slaves qu’on ne le croit, sous l’étroit despotisme madyar. Il n’est pas de jour cependant 135