L’ARTISTE AUPRÈS DE SON MONUMENT A GÉRARD DE NERVAL (19 IO) JULES DESBOIS LE logis est là-bas, à Auteuil, le long des fortifi-cations, près d’un bastion tout secoué par intervalles de sonneries de clairons et d’appels de soldats. Nul voisinage, des terrains vagues encore que guette pourtant, on le pressent, la folie des constructions nouvelles qui fera bientôt de Paris une formidable cité, sans air et sans verdure. La maisonnette et les ateliers de Desbois sont là, pour l’instant, isolés et tranquilles; et, tout de suite, dès qu’on a tiré la sonnette de la porte-barrière, on envie l’authentique artiste qui s’est retiré ici, qui est revenu aux champs, à la nature d’où il partit il y a bien des années. On entre, et c’est le jardin à l’ordinaire sauvage de la zone. Des lilas remplacent les fleurs de plate-bandes, et une tonnelle toute ronde, garde sous son dôme de lierre le fauteuil d’osier des siestes de l’été. Voici, derrière des vitres, des plâtres et des 161 modèles désarticulés. C’est l’atelier des praticiens devant lequel un couple de pigeons s’ébat aux heures régulières des repas. Quelle douceur et quel charme ! Desbois est venu nous ouvrir. Il porte gaillarde-ment ses soixante années bientôt de rude homme. Il est robuste et fort en couleur. Il nous accueille cordialement, et il nous invite tout de suite à boire un verre de vin : c’est ainsi que les paysans vous traitent lorsqu’on leur fait visite. Aimable coutume. On boit, et l’on parle ici sans volubilité. Nous sommes chez un brave homme de la terre et non point, certes, chez un statuaire mondain. Les belles choses disposées çà et là dans l’atelier complètent à leur manière les propos que nous échangeons. Il y a tant à admirer. Mais je suis cependant venu, moi, en visiteur