L’ART ET LES ARTISTES Alinüri. i3ergarne: Colbédrale. G.-B. MOROXE SAINT GFROME ET SAINTE CATHERINE fondément son oeuvre de celles des Florentins pré-cédents. C’est une oeuvre chrétienne, et même biblique, dont la sévérité dément le libéralisme et la hardiesse profane de l’époque, mais ce nu, dont le maître se sert presque uniquement, est ici spiri-tualisé on songe aux âmes et non aux corps. L’influence de l’antique s’atteste, presqu’illogique-ment, au milieu de cette oeuvre sacrée, par les vingt figures de jeunes gens nus placées sur les corniches séparant les scènes centrales, à titre pure-ment décoratif : on dirait que l’artiste veut reposer ses yeux sur la beauté formelle entre deux épisodes du drame divin. Ces figures, attirant les regards presque autant que celles des prophètes et des sibylles, faisant même tort aux scènes capitales, peuvent être critiquées quant à leur intervention elles sont du moins d’une admirable beauté. Mais le geste de Dieu créant l’homme et la femme, les astres, les eaux, est partout d’une sublimité et d’une simplicité que nul n’a jamais égalées. Certes la profusion des nus de la Sixtine reste bien conforme aux goûts du sculpteur demeuré sculp-teur dans la fresque qu’on lui impose, et qui ne verra jamais dans la peinture qu’un moyen plus rapide d’imiter la statuaire. Mais la faculté de l’expression lui est venue, la foi austère de son âme chrétienne s’est unie à son amour d’artiste pour l’antique. La Sixtine de Michel-Ange, superposée aux décorations toscano-ombriennes, marque de la façon la plus saisissante la scission entre le icv` et le xvr siéle. Elle est un arrêt dans D’humanisme profane de la Renaissance, elle remonte par la pensée aux primitifs et à Dante en même temps qu’elle s’adresse directement à l’antique dans sa forme. Elle mêle l’âme du moyen âge à la résur• rection de la nudité païenne. C’était bien là Feeuvre altièrement chrétienne voulue par Jules II. Mais le sculpteur comme le pontife étaient propres à effrayer le Médicis huma-niste, sceptique, épicurien qui allait succéder au pape guerrier et patriote usé par sa lutte contre les Français. En 1513T-éon X ceignait la tiare, leVatican allait -redevenir la cour somptueuse du paganisme fêté et honoré, jusqu’à susciter dans la pieuse Alle-magne la révolte de Luther. Au lendemain de la mort de Jules II, Michel-Ange avait repris le pro-jet du tombeau colossal de son protecteur. Léon X 150 Phot. Alireari. Brescia: f,lirr de Snied-Cléore MORETTO LA MADONE, L’ENFANT JESUS ET DES SAINTS