L’ART ET LES ARTISTES FAUTEU11. DE TAPISSERIE (gant: DE DELPHINIUMS) (EXÉCUTÉ PAR L’ATELIER LICIUM a A STOCHHOLM) spirituelle fidélité. Mais il faut voir, dans la pre-mière, la subtilité avec laquelle sont placés les rouges-grenat des roses de gauche, la tache d’or vert des cytises, le bronze pâle des iris d’eau, les touffes rosâtres des rhododendrons dans ce paysage lunaire où se déroule le suave conflit des verts et des bleus nocturnes; il faut voir clans la seconde avec quelle justesse d’accent, sur la tranche posté-rieure du siège, est inscrite une seule fleur centrale de delphinium, rappel discret de tant de bleus exquis qui se décomposent et s’enchevêtrent sur le dossier et le plat du siège. Le soin du détail est un signe aussi, auquel on reconnaît un artiste véritable. Mais c’est dans la poterie que M. Gunnar Wen-nerberg apparaît avec la plus incontestable maîtrise. Il a, je crois, tout essayé, jusqu’au cristal : et il a fait, dans cet ordre d’idées, des pièces exquises où les seules épaisseurs du verre, tantôt fortes, tantôt faibles et un juste emploi des surfaces dépolies et des transparentes l’amenaient à d’étonnants résul-tats, sans jamais l’artifice du maquillage floral, tou-jours trop facile et qui ne devrait pas être de jeu. Néanmoins,à tous les procédés, M. Wennerberg préfère le sgrafitto et le grès émaillé. Mais, par -exemple, il en joue avec une sûreté prodigieuse. Tantôt il se sert du premier pour des oeuvres où il vaut mieux que le contour apparaisse avec une netteté déterminée, tantôt il se sert du second dans les cas où il doit tirer des effets de quelque impré-cision, d’ailleurs très volontaire. Mais, la plupart du temps, il n’a pas de règle et mélange les deux manières au point qu’il est assez difficile de s’y reconnaître, ajoutant des reflets, des dégradations de teintes, jouant du poli et du rugueux, du doux et du violent, sans un instant d’erreur. Certains de ses vases, de forme particulièrement heureuse, sont doux au toucher comme des cuirs, comme des métaux précieux, comme des peaux délicates. Et cependant, avec un tact dont je ne puis assez dire combien il faut lui savoir gré, il évite, comme les deux grands écueils de l’art du potier, les faciles effets que d’autres obtiennent en tourmentant les contours du vase ou en faisant jouer sur ses flancs des coulures bizarres, des oxydation, violentes, de 174 VASE EN ûRûs ÉMAILLÉ (MOTIF DE PAVOTS ORIEN’TAL, POURPRES)