L’ART ET LES ARTISTES PORTRAIT DE LUCIEN SINION (1907) tentera pas même, avec le plus vibrant de ses disciples, d’imposer le costume actuel à ses ont-brages virgiliens : pour lui, moderne irrésistiblement, la peinture est « fille de la terre n. Et, pourtant, dès ses plus farouches truculences de nou-veau venu qui fait peur aux sages, on devine qu’une séré-nité de conviction plane sur ces excès de facture et que ce réaliste inaugure une autre page d’histoire contemporaine en remplaçant, dans le por-trait de la vie, l’analyse par la synthèse: or, n’est-ce pas à ce libre accent de grandeur fami-lière ou d’humanité grandiose que ce débutant doit déjà de paraître original à son tour ? Dès sa rayonnante inter-vention de 1893, la preuve est faite on sent une volonté juvénile, qui veut faire oeuvre d’art en collaborant avec la nature. Et quelle réalité le nouveau peintre a-t-il choisie pour collaboratrice ? A quel miroir a-t-il confié le soin de refléter son être ? Est-ce à la lueur avare de la rue, au soleil maladif du faubourg ou de la banlieue? Non pas! On dirait, au contraire, que l’admirateur de Puvis de Chavannes a lu la lettre sur l’art du paysage que M. de Chateaubriand écrivait de Londres, en 1795 : « Lors-que l’élève aura franchi les premières barrières, quand son pinceau plus hardi pourra errer sans guide avec ses pen-sées, il faudra qu’il s’enfonce dans la solitude, qu’il quitte ces plaines déshonorées par le voisinage de nos villes. Son imagination, plus grande que cette petite nature, finirait par lui donner du mépris pour la Nature même; il croirait faire mieux que la création : erreur dangereuse par laquelle il serait entraîné loin du vrai dans des productions bizarres qu’il prendrait pour du génie. » Ce conseil hautain d’un Breton semble en avance d’un siècle ; et c’est en Bretagne que Charles Cottet 164