L’ART ET LES ARTISTES I.A CeINE A EMMAÜS Ficus d’11111: image de 01é1i. Li:quis-Lm, qui plane sur cette toile a-t-elle été voulue par l’artiste, ou provoquée par le propriétaire de l’ouvrage, peut-être épris de quelque mondaine homonyme de la sainte ? C’est de quoi alimenter de longs commen-taires, où nous n’engagerons pas le lecteur. Il nous reste é parler de deux figures isolées de femmes, la Salomé du musée de Brescia, dom le charme délicat, l’attitude pudique, démentent sin-gulièrement l’inscription Celle qui en dansant obtint la tète u, en réalité, d’après M. Guido Biagi, la courtisane-poète Tullia d’Aragon, exactement portraiturée d’après nature, et surtout une figure de La Foi, à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, levant d’une main le ciboire couronné de l’hostie, de l’autre étreignant la croix contre son corps cambré, vètu de velours et de brocart, que surmonte une tète délicieuse de langueur, sous l’étrange voilette cin-trée qui semble une parure bien plus qu’une dé-fense. Cette mn biguité voluptueuse des trois toiles par lesquelles nous avons terminé notre revue des œuvres du peintre, forme un contraste singulière-ment marqué avec la gravité recueillie et un peu triste qui caractérise l’ensemble de son œuvre. Est-elle la revanche des instincts profanes sur une ante de bonne heure concentrée dans une vision édifiante de la vie ? La technique de Moretto, du moins, semble rechercher ces contrastes, sûre de sa dextérité à les concilier. La gamme des tons v est extrèmement montée le rouge cerise, le vert émeraude, le jaune d’or foisonnent, mais ces notes vibrantes sont raccordées arec un bonheur singulier Galerie .11arlmengo. par des gris très fins, qui jettent une ombre légère sur leur éclat, et dont l’intervention se motive, le plus naturellement du monde, par des écharpes de gaze, Lies fichus de crêpe voilant de leur demi-transparence, ici un sein, lé une épaule., ailleurs la rutilance trop éclatante d’un brocart. Les rares portraits laissés par Moreno ont une valeur d’art considérable. Le don de caractérisation s’y affirme puissamment, quel que soit le rang social, le tour d’intelligence du modèle, et celui-ci est toujours campé avec une aisance, quand c’est tut homme d’étude, avec une désinvolture quand c’est quelque fastueux seigneur, qui proclament tout à la fois le discernement et la souplesse d’art du peintre. Nous n’en citerons que trois exemples, tous pris hors des galeries italiennes. La pinaco-thèque de Munich contient un 6 portrait d’ecclé-siastique n en robe et barrette, assis dans un cabi-net d’étude entre un sablier qui mesure le temps et un gros livre qui en dit l’emploi. Rien de plus résolu que son attitude, de plus expressif que son masque à grands plis de controversiste bien armé. L’effigie en pied d’un membre de la famille Urina-roli, datée de 1526 et conservée à la National Gallery, est un morceau de la plus fière allure ; la sobre élégance du costume brun aux manches tailladées, que recouvre un manteau de damas noir,et du chaperon écarlate timbré d’un médaillon de saint Christophe, contraste avec une expression mélancolique qui intrigue l’esprit ; un fond acci-denté de paysage toscan évoque sobrement le cadre d’action du modèle. Un autre, assis contre un rideau rose à fleurs jaunes, et vu à mi-jambes, le 201