L’ART ET LES ARTISTES examinée en particulier aucune n’est banale, ni comme conception ni comme exécution. Mais comme l’originalité n’y est non plus jamais obte-nue par ces procédés sommaires et violents, par ces contorsions gratuites, au moyen desquels les artistes insuffisants essaient de donner le change sur l’indigence de leur savoir ou de leur imagina-tion, elle ne parait telle, cette originalité, qu’à des regards avertis, et, à vrai dire, elle est très subtile. La sculpture est pour M. Dalou un moyen d’expression universel. Il a fait des portraits, et ces portraits sont des effigies admirables de pénétration patiente et de caractère. Il a observé le peuple des ouvriers et des paysans et il en a retiré des oeuvres empreintes selon les cas Lie pittoresque ou d’âpreté ou de tendresse humaine. Dans le genre décoratif, il a fait preuve d’une imagination très riche et très abondante, mais toujours sévèrement dépendante d’une volonté de plan très nette dans le sens de la logique. Ses animaux (certain mufle de lion, entre autres) feraient honneur à un animalier de profes-sion. Et lorsqu’il tente le symbole, les programmes officiels les plus abstraits ne le rebutent pas. Il leur trouve toujours, et sans littérature, et sans acces-soires allégoriques, une adéquate expression plas-tique, très évocatrice de l’idée (ainsi le groupe emblématique que nous reproduisons ici). M. Dalou reste païen dans l’ensemble et dans l’essentiel de son sentiment sculptural, mais il est aussi très moderne en quelques-unes de ses conceptions et par son entente de l’arabesque et du mouvement. Il est à la fois familier ‘et noble, classique et impressionniste. Et, par là même, il est bien de notre temps. Il a la grâce, la force, l’in-telligence il plaît et n’a fait aucune concession pour cela. Il est un des plus nobles et des plus parfaits sculpteurs d’une époque qui en compte beaucoup d’excellents. EXPOSITION DE MM. CAMILLE MAUCLAIR, ROGER REBOUSSIN ET IVIARIUS ROBERT (PC/il MUS& &MI-d011in, 25j, rue Saint-Honoré). — M. Camille Mauclair, ayant à présenter au public deux jeunes artistes encore peu connus, a cédé à leurs ami-cales sollicitations et a exposé avec eux. Plus encore que sa profonde et minutieuse intel-ligence des choses de la peinture, le sentiment a fait de lui un peintre. Les cinquante pastels expo-sés là l’attestent suffisamment, encore que j’en connaisse de lui beaucoup d’autres, que j’aime presque autant. Devant un paysage, un intérieur, un bouquet de fleurs, il éprouve d’une manière très intense ce qui s’en dégage de magnétique et qui, après tout, le caractérise bien mieux aux yeux du souvenir, que la justesse extérieure de ses lignes. C’est cela qu’il peint avec cc moyen rapide et délicat qui s’appelle le pastel, avec des imperfec-tions d’artistes qui s’exprime en une autre las.gue que la sienne, et cependant aussi, parallèlement, des réussites partielles qui étonnent les techniciens, et toujours d’une manière émouvante et subtile. Il peint è pour se souvenir », et ses petits tableaux ont la grâce douce et tendre des souvenirs. Il ne faut pas oublier qu’avant tout, M. Camille Mau-clair est un poète, te plus rare et le plus profond des poètes intimistes d’aujourd’hui. Si la technique de ses poétises chantés est impeccable, si celle de ses poèmes peints est moins adroite, le sentiment est toujours le même exquis, raffiné, mystérieux. J’ai parlé quelquefois ici même de M. Roger Reboussin et peut-être y reviendrai-je un jour. C’est un animalier de grande valeur. Il observe la bête vivante avec patience et passion, dans son élément, dans ses habitudes. Aussi les paysages qu’il peint autour de ses héros de plume et de poil ne sont point des décors rapportés, mais bien l’ambiance même de leur rie. On les en séparerait qu’ilsgarderaient encore toute leur valeur. Du reste, quelques toiles de M. Reboussin où n’apparaît aucun animal prouvent avec évidence son talent de paysagiste. A côté de ses tableaux, d’ailleurs, il a exposé des études et des schémas où sont retracés tous les gestes qu’il a observés de tous ses animaux. Les toiles définitives, plutôt qu’un des gestes, même bien choisi, en fixent une synthèse, dans le sens le plus expressif et le plus vivant. Et il y a là une fort belle série d’êtres rarement observés et qu’on sent saisis dans ce qu’ils ont de plus secret, de plus ins-tinctif. La mystérieuse vie des bêtes apparais comme captée, suais non immobilisée elle tremble, elle vibre, effarée, frissonnante. Et l’on sent avec quelle tendresse la pensée de M. Reboussin a caressé (lorsqu’il les peignait) ces poussins surpris au nid, ces renards rôdeurs, ces faisans, ces canards, ces lièvres aux yeux splendides, toutes ces frêles choses violentes jetées dans la nature pour la sauvage lutte vitale en vue de laquelle sont organisées toutes ces formes qui nous charment. Fils d’un peintre de beaucoup de talent, et ayant passé sa jeunesse dans le magnifique et exquis paysage des Gorges du Loup, entre Grasse et Nice, M. Marius Robert a toujours peint, en aquarelles légères et subtiles, les adorables jeux de lumière de cette contrée. Je suivais depuis longtemps ses progrès. Ils furent d’une étonnante rapidité. Au-jourd’hui, très jeune encore, M. Marius Robert est arrivé à une sorte de maîtrise. Il manie l’aquarelle avec une sûreté, une largeur, une science éton-nantes. Ses paysages de l’Esterel m’enchantent. Il 154