L’ART ET LES ARTISTES SAINT LUC (VOLET D’AUTEL) Christ, farce en 215 vers, était représentée le jour du carnaval des paysans, sous forme d’un cortège parcourant les rues de la ville; En 1525 et en 1526, c’étaient les représentations, toujours très applaudies par la foule, du Fendeur d’Indulgences et de Barbali, virulente protestation contre les couvents de femmes ce dernier poème comprenant environ 2.000 vers; Puis, en 1528, c’est l’envoi au pape de messages en prose, intitulés La Maladie de la Messe, Le Tes-tament de la Messe, La Plainte des Pauvres Idoles : ce dernier écrit, en vers; Enfin, en 1529, quelques mois avant sa mort prématurée, hàtée par l’activité d’une vie trop fiévreuse et alors que sa main peut à peine tenir la plume et le pinceau, il met le sceau à sa carrière poétique, en signant une nouvelle farce de carna-val, Elsi Tragdenlotaben, qui fut jouée avec un débuts succès considérable, à Berne, le jour du carnaval des seigneurs. Mais l’objet de cette rapide étude n’est pas de noter les grands coups de lance que Nicolas Manuel échangea avec les lansquenets de Maximilien et les soldats du pape, de commenter la verve satirique répandue dans ses farces carnava-lesques ni d’énoncer un jugement sur la portée de ses missions diplo-matiques et de son rôle adminis-tratif. Le personnage tout entier nous intéresse vivement par la complexité de sa nature faite de bravoure, d’esprit d’aventure, de folie, de mesure, d’ardeur artistique… Mais il ne nous convient d’étudier ici que l’artiste, le peintre et le graveur, et encore seulement dans son oeuvre proprement dite. Il serait, eu effet, peut-être un peu présomp-tueux d’engager une polémique posthume avec les quelques rares biographes de Nicolas Manuel, les Fischart, les Samuel Schenrer, les Gruneisen, les Baecloold, au sujet de leurs divergences d’opinions sur les origines familiales et sur les pre-mières influences artistiques du peintre. Bornons-nous donc à dégager purement et simplement de ces opinions contradictoires ce qui nous parait se rapprocher le plus de la vérité historique sur les de l’étrange artiste. *** Il naquit à Berne, en 1484, et il y mourut le 3o avril 153o. Sur ces deux points, tous les biographes sont d’accord. Mais il n’en est plus de même, lorsqu’il s’agit d’établir l’état civil du jeune Nicolas Manuel, puis de faire connaître le nom de son premier maitre. Il est cependant permis de supposer qu’il était fils naturel d’Emmanuel Alaman dont le père, d’origine wel sche, était pharmacien à Berne, et qu’il fut élevé par son grand-père maternel, Thii-ring Frickart, quand la fille de ce dernier, Margue-rite Frickart, épousa Jean Vogh , huissier du gouvernement à Berne. 102