LE MOIS ARTISTIQUE celles, fortes et sévères de M » » Angèle Delasalle, les aquarelles toujours significatives et rares de M. Henry Detouche, un magnifique torse de M. Lévy=Dhunner, baigné, imbu de pénombre, des dessins savants de M. Ripa de Roveredo, les envois de MM. Edouard Morerod, Henri Morisset, Louis Legrand, Charles Cottet, Félix Borchardt, E. Gaudissard, et ceux de M. Biloul, dont le talent s’affirme de plus en plus. Je mets tout à fait hors de pair, à la sculpture, les oeuvres de M. J. Bernard, jeune artiste du plus grand avenir, et d’une abondance d’imagination exquise, et M »- Yvonne Serruys qui expose une Femme à la Coupe que je trouve, dans ses menues dimensions, un vrai chef-d’oeuvre tant elle a su y faire contenir rie grâce, de charme, de rêverie sen-suelle et délicate. En étant simplement égaux à eux-mêmes, MM. Bourdelle, Louis Dejean, Jules Desbois, Fix-Masseau, Halou, Albert Marque nous retiennent et nous séduisent. Ce sont, dans des directions différentes et avec quelques maîtres qui ne sont pas représentés ici, les meilleurs sculpteurs de notre temps, qui peut s’en enorgueillir. LES ORIENTA LISTES (20` SALON) (Grand-Palais). Ce que j’y ai trouvé sans contredit de plus intéressant c’est l’oeuvre de M. Herbert Ward. Cet artiste a séjourné longtemps dans le Centre afri-cain, aux côtés de Stanley. Il a observé merveilleu-sement la race noire. Les sculptures qu’il nous rapporte, grandeur nature, ont un air de réalité impressionnante. L’observateur a su rendre à la fois la beauté primitive et parfaite des corps de ces hommes à demi-animaux et la bestialité inquié-tante de ces figures où ne se lisent que les senti-ments bruts de la lutte pour la vie : l’anxiété, l’attention, la peur, la férocité, mais le plus sou-vent un air de profonde tristesse, de tristesse morne et préhistorique. M. Manzana-Pissarro essaie avec le sujet de Sa•ountala de renouveler une source d’inspira-tion un peu trop jusqu’ici exclusivement algé-rienne et j’ai trouvé avec plaisir qu’il était entré assez bien dans l’intelligence de ce ravissant poème patriarcal. M. Alph. Lévy est un observateur cruel et narquois de la vie juive orientale. Les gypso-graphies de M. Pierre Roche sont toujours ado-rables. Une salle tout entière est réservée à la rétrospective de Georges Gasté, mort aux Indes en 1910 et dont le talent s’atteste comme très sûr et très varié. J’ai découvert un fort intéressant tableau d’un artiste que je ne connaissais pas encore, M. Valentin de Zubiaurre une scène de la vie populaire espagnole, traitée avec beaucoup de verve et une très juste observation.. Sinon qu’ils 39 persistent dans leur talent, nous n’avons rien à apprendre de particulièrement nouveau de MM. Bigot, Dela bogue, Dulac (illustrations pour Barbe bleue et pour La Belle et la Béte), H. Vollet, Harald-Gallen, Dagnac-Rivière, Dinet, Raulin, Gaudissart, Blanclietière (reliures orientales), Laurent Gsell, Claudia J’affilia, Lauth, Roig, M »‘ Rose Dujardin-Beaumetz. J’ai appris avec plaisir que le musée du Luxembourg, en lui ache-tant une de ses oeuvres, avait consacré le talent de M. Edouard Morerod. Les bas-reliefs pour la déco-ration d’une villa algérienne que NI. Poisson expose sous le nom de La Vie arabe constituent une indication des plus précieuses pour une initia-tive que l’on voudrait voir se généraliser. Citons enfin, parmi les titulaires de bourses de voyage fondées par le Gouvernement général de l’Algérie, M. Léon Carré et M. Jules Migonney qui peint avec abondance et grâce de justes et jolies Arabes : jeunes mères et jeunes filles dans des amoncelle-ments d’étoffes somptueuses et dans une atmos-phère de loisir embaumé. Ex POSITION D’EN GROUPE D’ARTISTES AMÉRI-CAINS DE PARIS (Galerie Devanibe,z, 0, boulevard Malesherbes). • Ils ont vraiment beaucoup de talent, les artistes américains de Paris. Ils ne sont plus américains mais ils ne sont pas non plus tout à fait de Paris. Ils adoptent avec un évident plaisir nos partis pris, nos modes, nos manies, mais ils y ajoutent un je ne sais quoi de vif, d’ingénu, de barbare, bref une force, une vertu qui séduit. Ainsi un Richard Miller, ainsi un Frieseke, ainsi un Teodore Butler, ainsi un Lawton Parker. Si M. Alfred Maurer se croit obligé d’imiter M. Ma-tisse, par contre presque tous ses camarades ne se recherchent qu’eux-mêmes, soit que, comme M. Myron Barlow, ils v retrouvent toujours les même; effets; soit que comme M. Ullman, ils raffinent leur propre vision et arrivent jusqu’aux plus ravissants effets de légèreté et de grâce. En tout pays, M. Joseph Pennel serait salué colonie un maitre de l’eau-forte. Je ne connais que Whistler qui le vaille pour le génie de la présenta-tion originale d’un paysage et je le trouve plus impressionnant, plus grand peut-être que Sey-mour Haden lui-même. N’oublions pas les bronzes de M. Bai les paysages consciencieux et fins de M. Harold Hearth, les eaux-fortes savantes et délicates de M. Mac-Langhlan, ni les symboles simples que NI. Edward Steichen exprime avec un sens si vif et si précis des réalités qui leur ser-vent de voiles. Les envois de M. Aid, Biesel, Cole, Singer, Walden complètent un ensemble mieux qu’honorable pour l’Amérique moderne.