L’ART ET LES ARTISTES et volontiers massif, par le métier le plus libre, en touches décisives, il lutte avec les éblouissements de la lumière aveuglante. Telle de ses esquisses tenue dans des notes vigoureuses et claires, rappelle Monticelli ; il se rapproche souvent des Impression-nistes; à d’autres moments, il retrouve le sentiment classique de son compatriote, le maitre d’Aix, Cézanne. Mais, et c’est là, à mon sens, un point capital, Jean Roque ne considère les recherches, les audaces techniques que comme des moyens; à aucun degré il ne veut être un virtuose. Par la langue la plus riche, la plus variée, il s’efforce à traduire l’objet essentiel de son art, qui est la Vie. Ni le passé, ni le rêve ne parlent à l’ima-gination de jean Roque. Malgré les étu-des classiques et l’enseigne-ment de l’Ecole des Beaux-Arts, on cher-cherait en vain dans ses cartons des composi-tions histori-ques ou des allégories. Seul un projet pour une décoration exécutée sur commande té-moigne que l’artiste pour-rait, tout comme un autre, commettre des mytho-logies. Il est étranger également à l’inspiration religieuse. Comme Courbet, il ne connaît que la réalité. Il l’aime, il est vrai, et il la comprend pleinement. Elle est, d’abord, un spectacle infini dont les yeux avides ne se rassasient jamais : splendeur de parure, harmonie de formes dont l’artiste admire les jeux sans en demander la signification. Mais la réalité n’est presque jamais la résultante des seules forces naturelles. Les hommes ont bou-leversé les campagnes, nivelé les plaines, transfor-mé les côtes. Ils ont créé les cités qui sont belles, pittoresques et curieuses, et Jean Roque est le citoyen de ces cités. Il ne se contente pas d’en admirer les aspects, imprévus toujours pour un oeil toujours neuf, il aime les hommes qui les peuplent ; il participe à leurs joies et à leurs dou-leurs. Sa sensibilité d’artiste ne s’arrête pas aux sensations superficielles ; elle n’a pas son domaine réservé, éclatant et étroit ; elle s’associe à tous les sentiments qui agitent un coeur généreux. Elle est profondément humaine. Ici nous touchons au point essentiel de notre analyse. /can Roque veut exprimer la vie contemporaine. Ni peintre de genre, n’est-ce pas, ni pvin-tred’anecdotes. Toute action si simple, si cou-tumière qu’elle soit, renferme une part de grandeur; c’est ce côté épique et classique que l’artiste se don-nera à tache de dégager. Il a résumé lui-même ses aspi-rations dans une de ces compositions ambitieuses ou oit jeune hom-me veut con-denser ce que l’existence tout entière ne réus-sira pas à déve-lopper. Ce des-sin très étudié, très beau, s’in-titule Le Trauail ; il réunit tous les âges de la vie, depuis l’enfant jusqu’au vieillard, occupés selon leurs goûts et leurs forces. L’ensemble est très complexe et très clair. C’est un magnifique pro-gramme. Les Porteuses de Goémons et Les Chevaux à l’Abreuvoir prennent une signification plus com-plète de se subordonner à cette pensée dominante. D’autres projets, plus caractéristiques peut-être, appartiennent à ce cycle et attendent, sous forme de beaux dessins largement traités, avec des con-trastes énergiques d’ombres et de lumières, leur développement sur la toile. LE TRAVAIL (CARTON D’UNE composinox »ÉcoRATIvE) (1910) 28