LA PEINTURE ITALIENNE bres et puissantes (Uffizi, Louvre), I. Déluge et Le Sacrifice de [‘‘h’ (Cloître de Sainte-Marie-Nouvelle, Florence). Ce n’est point un mystique, c’est un naturaliste, un savant. Non moins âpre est Andrea del Castagno (1350- 1457), paysan farouche, dessinateur fruste et vio-lemment réaliste, aimant les figures émaciées, créant en peinture son Colleone avec sa grande ligure équestre de Nicolo da Tolentino à la cathé-drale die Florence, d’une allure si superbe. Mais autrement important est Fra Filippo Lippi (r406- 1469). Fils de boucher, pauvre, recueilli par cha-rité au couvent del Carmine, il y prit l’habit à quinze ans, vit Masolino et Ma-saccio travailler à la chapelle 13rancacci , commença dedécorer un cloître en r43r, puis s’enfuit et, en 456, enleva dans un monastère de Prato la jeune nonne Lu-crezia Buti, dont il eut un fils. Sur les instances de Côme de • Médicis, les deux coupables, relevés de leurs vœux, purent se marier. Lippi vécut misérable et mourut à Spolète. Lippi acheva de créer le tableau, en inventant de rempla-cer le triptyque, enchâssé dans une architecture énorme, par le tableau à cadre rond, aisément trans-portable dans les demeures privées. Esthétiquement, son réalisme alla jusqu’à représenter les madones sous les traits de vierges et de mères humaines, empruntées à la vie réelle. On a beaucoup de ses délicieux tableaux, niais c’est dans ses fresques de Prato et de Spolète qu’il est surtout possible de l’estimer à sa valeur. A Prato, notamment, se voit le célèbre Festin d’Hé-rode, où Salomé a trouvé une de ses incarnations les plus surprenantes. Coloris éclatant, exquisité des formes, vitalité intense, humanité, tout fait de Filippo Lippi le génie continuateur de Masaccio, avec une âme moins hautaine mais avec mie sou-plesse et une somptuosité qui présageront l’épa-nouissement Mout du xi-v siècle. L’ART FLORENTIN DE EILIPPO LIPPI A LEONARD DE VINCI Fra Angelico ne forma qu’un élève direct, mais il était réservé à cet élève de prolonger, jusqu’au seuil du xi-v siècle, la tradition d’idéalisme extasié inaugurée par Giotto et continuée par le moine de Fiesole, en y apportant encore plus de vivacité d’imagination et de séduction clans la génialité. Au milieu d’artistes que le désir de per-fection, de science, de prestige technique hantait de plus en plus depuis Masaccio, Benozzo Gozzoli (142o-1497) resta préoccupé avant tout. de son sentiment; cela n’empêcha point ce dessinateur, par-fois négligé et incor-rect, d’être le plus grand paysagiste dé-coratif de son siècle et de créer des nier-veilles d’émotion et de tendresse. Fra An-gelico l’avait formé, emmené à Rome et à Orvieto; en t449, ils se séparèrent. En 1450, il décora San Fortunat°, à Monte-t’ale°, peignit en douze scènes,à Sai nt-François, une Vie de saint Frantrois et, en 1457, Pierre de Mé-dicis lui fit décorer la chapelle du palais Riccardi, à Florence. Là éclate le génie de Gozzoli, dans ces choeurs d’anges, dignes de Fra Angelico, et dans ce cortège des Rois Mages, qui est peut-être l’oeuvre la plus somptueuse que la génération des Cinquecentisti ait créée. En 1463, Gozzoli fut chargé de peindre dix-sept fresques en l’église San Agostino, à San Gimignano, et les exécuta en trois ans (Vie tic saint Augustin). Puis, en 1488, il entreprit vingt-deux compositions au Campo-Santo de Pise. Connue Giotto, il « bâtissait des cathédrales de peinture ». En ce lieu sublime, où il arrivait Ph, » BENOZZO GOZZOLI » LA VIGNE DE NOÉ » (FRAGNIhm) 13