LES MANUFACTURES DE PORCELAINE DE COPENHAGUE On voit en ces manufactures beaucoup de jeunes filles, de jeunes femmes (et quel-ques-unes des bonnes familles du Danemark) justement fières d’y prendre place: le Feu, le plus grand des poètes, selon le mot d’un Hindou, n’anoblissait-il pas à Venise ses collaborateurs, les gentilshommes verriers ? L’interprétation par ces artistes, la tra-duction si fidèle, si sincère et parfois Si émue de la nature, cet intérêt rendu par eux à ses manifestations les plus humbles, cette vision nette d’impressions fugitives qui ainsi direc-miler, mais pour entretenir ainsi, augmenter ainsi sa personnalité propre, pour enrichir sa propre substance, pour faire son moi plus distinct, plus personnel encore. Ils ont pris des leçons à une École d’art décoratif qui est l’une des premières, sinon la première du monde, mais voilà tout ; au retour de cette école, ils restaient eux-mêmes, avec leur génie, leur dîne, leur émotion d’hommes du nord ; et en face de cette na-ture du nord, ils l’ont de la sorte étonnamment traduite, sans jamais faire sur des assiettes tement viennent d’elle, des sensations infi-niment délicates exprimées par des touches d’une délicatesse infinie, et tout cela devenant, grâce à un goût, à un sens rares de la dé-coration, non pas une image peinte, comme un tableau de chevalet, mais un pur décor : voilà des qualités sans doute que l’École danoise doit en partie à celle des Japonais. Mais on ne le saurait trop dire, les Danois ne les ont pas copiés; ils ont fait une trans-position de cet art et de ce décor du Japon; et ils l’ont si bien faite, avec un tel sens artistique, avec une telle adresse, que rien vraiment n’est plus danois que cette porce-laine danoise et sa décoration. Il y a là un enseignement précieux. Certainement il se faut nourrir, alimenter sans cesse d’éléments ou d’aliments étrangers, mais pour se les assi-191 BING ET GR1:ENDAHL ou sur des vases ces peintures si correc-tement et si ennuyeusement précises, en usage autrefois dans les manufactures de porcelaine, mais créant sur leurs belles cou-vertes une sorte de peinture de rêve, puisque la vraie décoration, je le répète, comme la musique, est ou doit être du rêve humain qui s’ajoute à la nature, qui s’ajoute au rêve de la nature, puisque la vraie décora-tion la transpose, ne la copie pas. M. Arn. Krog, le directeur artistique de la Manufacture royale, est toujours l’admi-rable et mélancolique paysagiste que l’on connaît, et dont on n’a pas oublié ce chef-d’oeuvre à l’Exposition de tgoo, l’arbre au bord de la mer, tordu, échevelé par le vent, se profilant sur les flots gris et sur un ciel du nord coupé par un vol de mouettes, qui de