L’ART DÉCORATIF vision originale, il marque de ses pas un chemin parcouru et salue des divinités dont il n’admire pas plus la puissance qu’il ne la craint. Aussi la plupart des tableaux reli-gieux dégontent-ils par leur style convenu et la pauvreté de leur inspiration. En cela M. Lévy-Dhurmer bénéficia des circonstances qui l’avaient forcé de travailler seul, à l’écart de toute école, en commerce intime avec la nature. Il conservait des anciens maîtres les traditions d’un art dont il s’était approprié peu à peu les ressources, qui sont, nous Étude pour , Au Paradis, (triptyque) l’avons dit, le souci de la composition, la largeur du dessin, l’harmonie des couleurs et un sens de la décoration qui distingue sa personnalité parmi tant d’autres. Pourvu d’un tel bagage il interpréta d’une façon neuve les délicieux symboles de Circé, des Bergers, du Mal d’aimer, ou se mêlent autant de réalité que de rêve, de vérité que de fan-taisie, mais où les qualités picturales tiennent, dans chacune des toiles, la première place. Sans effort, M. Lévy-Dhurmer exprimait les songes qui habitaient son front, les visions qui hallucinaient ses regards avec une ri-chesse, une profondeur, un don de poésie qui témoignent autant de la délicatesse d’une aine que de la divination d’un esprit. Les vieux contes nous entretiennent de ces fées généreuses qui distribuent à pleines mains des bijoux d’or, des colliers de diamants, des rangées de perles, et sortent leurs merveilles de minuscules coffrets jamais épuisés. Dans certaines de ses œuvres, l’Élie, la Bourrasque, M. Lévy-Dhurmer ne nous étonne pas moins par le nombre, la justesse et la variété des tons employés. A l’entour de sa Naïade, il a disposé presque toute la flore de la mer, le corail rose, les algues vertes, les éponges brunes, les poissons d’argent. Chez lui,quelle que soit l’importance du sujet et ses dimensions, chaque détail est traité dans sa vérité. Le peintre a éli-miné toutes les réalités qui ne concourent pas à l’ensemble ; il en a fait volontairement le départ et, grâce à la force de sa critique et la logique de son talent, il arrive à exé-cuter rationnellement, déduction et intuition mélangées, une figure entrevue aux minutes de songe, une pensée, un sentiment, une scène jouée par des héros imaginaires sur quelque monde irréel. Par sa moderne compréhension des mythes, M. Lévy-Dhurmer affirme une ftiis de plus, ainsi que dans la série de ses masques, son amour de la vie, mais d’une vie réfléchie et silencieuse qui incline vers le rêve et se complaît moins dans l’action que dans la contemplation. Le peintre rajeunit les vieux symboles ; il se dépouille devant eus de sa science et de ses souvenirs. Au lieu des rois mages, imposants et prophé-tiques, il voit trois pauvres bergers, humbles paysans qui, serrés et anxieux, contemplent au ciel l’étoile annonciatrice. Hélène, les lèvres froides, les regards vides, dresse sa 332