KIN 1902 L’EXPOSITION INTERNATIONALE D’ART DECORATIF MODERNE A TURIN Le Io mai s’est ouverte à Turin, dans le beau parc (lu Valentino, au bord du Pô, avec la double vue des charmantes collines de la rive et des Alpes plus lointaines en face, la première Exposition Internationale d’Art Décoratif dont le programme avait été sévèrement borné aux efforts d’un esprit moderne. Ce programme, si courageusement tracé, faisait déjà attendre à lui seul bette exposition comme un réel événement artistique, et nous comptions beaucoup sur ses résultats, .ou du moins sur les travaux en présence desquels elle nous mettrait. Disons tout de suite qu’il n’y a pas lieu d’être déçus dans cette espérance, en nous réservant de revenir, dans une série d’études plus appro-fondies, sur les mérites des oeuvres exposées dans les sections diverses. L’intérêt principal de cette manifestation, c’est que la plupart des nations ont organisé des ensembles, nous permettant réellement de con-cevoir les recherches propres de chaque pays en vue de l’ameublement et de la décoration intérieurs. Les tendances particulières à tel peuple, ses prédilections de couleurs, son sen-timent du confort intime, se révèlent ainsi net-tement, et permettent (l’établir les rapprochements ou les divergences véritables que marquent les efforts divers de notre époque. L’idée qui a donné naissance à cette première exposition de Turin montrait chez quelques no-vateurs italiens la conscience du travail salu-taire àaccomplir pour réveiller les industries nationales, dans ce pays où les traditions des métiers d’art ne manquent pas, mais qu’affaiblis-saient la paresseuse répétition du passé ou la production sans goCit d’ouvrages de curiosité, oit la dextérité de main-d’œuvre tient lieu de sens artistique. Aussi faut-il faire honneur à ceux qui par la ténacité de leur volonté ont réussi à créer en Italie ce mouvement de réveil et cet intérêt général du public: M. di Sambuy, le sculpteur Leonardo 13istolti, M. Pellegrini, le critique Enrico Thovez et d’autres encore. Notre Exposition de l000 nous avait mis en présence des belles faïences, exécutées à Flo-rence, sur les anciennes données italiennes, mais d’après un sentiment décoratif nouveau, par L’Art de la Céramique, ateliers fondés il y a quelques années par M. le comte V. Giustiniani, le premier, peut-on dire, qui ait voulu rénover les illustres industries artistiques de son pays. Nous reparlerons des efforts considérables affirmés à Turin par L’Art de la Céramique pour faire pénétrer la majolique artistique non seulement dans la production des objets (l’usage, mais dans la décoration architecturale. Il faut citer la fondation d’un autre groupe artistique à Bologne, l’Aemilia Ars, qui expose largement à Turin, et qui a voulu restaurer pour la vie mo-derne tous les beaux métiers anciens de la pro-vince d’Émilie, dont la connaissance risquait de se perdre : travail du bois, dentelle, reliure, bijoux, ferronnerie. En entretenant la pratique de ces techniques anciennes et en leur four-nissant des modèles nouveaux, on peut fort bien redonner la vie à tout un art. Pour le moment déjà, même lorsqu’on peut, dans le mobilier, par exemple, critiquer le parti général d’un meuble, où l’ornement compte souvent pour sine trop grande part, certains détails de décor dé-notent une rare ingéniosité, une charmante ima-gination d’artiste dont on peut espérer encore (le très intéressants résultats. Malgré ces efforts bien compris dans leur ensemble, la signification de l’Exposition de Turin et les effets que l’on en peut attendre ris-queraient fort d’être compromis si l’on s’arrètait à la présentation générale, c’est-à-dire aux hé-timents mêmes de l’Exposition. l: architecte, M. d’Aronco, a fait preuve de beaucoup de culture, d’un sentiment du pittoresque et de la couleur ; mais il est allé, nous devons le dire, à l’encontre même de ce qu’il y avait à réaliser. Avec des reproductions à l’appui, nous pourrons revenir plus utilement sur cet aperçu bornons-nous, dans ces notes préliminaires, à dire que l’architecture de M. d’Aronco vient de Vienne en passant par la colonie d’artistes de Darmstadt ; c’est donc un mélange des styles de Wagner et d’Olbrich, pour citer deux noms entre autres, avec toutes les formes et les motifs d’ornement caractéristiques dont les installations de iiioo nous ont donné en partie l’idée : constructions trapues et trapézoïdales, évoquant quelque néo-archaïsme mycénien ou cartha-ginois; décors géométriques élémentaires, à carreaux, ou en cercles, avec des masques, des colonnes, des rameaux d’arbres feuillus. On saisit, n’est-ce pas, la fausseté du point de départ si l’on ne veut qu’adopter une formule d’école, école pour école, il faut mieux s’en tenir à la Renaissance ou au Louis XVI, qui ont depuis longtemps fait leurs preuves. Il n’y a pas plus de sincérité à adopter ces formes toutes faites, venues de pays germaniques, et qui ne correspondent nullement aux traditions et à la nature de l’Italie. Il y avait pour l’architecte une oeuvre sincère à tenter : rénover les nobles traditions architecturales de l’Italie; il faut re-gretter que cette œuvre n’ait pas été tentée. Car cette erreur risque d’entacher tous les efforts qu’elle recouvre, et de faire croire partout à l’adoption sans conviction (l’une formule acadé-i29 FIND ART DOC