FÉVRIER 1902 de plaquettes dont la Direction des Beaux-Arts a fait l’acquisition, que M. Aristide Barré joint à une technique impeccable PIERRE ROCHE LA DÉCORATION MURALE DES APPARTEMENTS f TN collaborateur de cette revue, parlant j dernièrement des étoffes et papiers de tenture, écrivait que les plus beaux sont les plus mauvais. En reprenant cette boutade pour mon compte, j’aurais un vif regret de chagriner des artistes et des industriels parmi lesquels je compte beaucoup d’amis. J’estime comme il convient tout le talent qui se dé-pense dans la production des matériaux de décoration murale. Malheureusement, ce talent est trop souvent prodigué sans discernement suffisant, parce que sans doctrine. Il est utile que chacun apporte les observations qui peuvent l’aider à produire tout son effet utile. Il est d’abord entendu que c’est d’appar-tements de grandeur ordinaire, de l’appar-tement de tout le monde qu’il s’agir ici. Je ne me charge pas de suggérer à M. Van-derbilt des arrangements pour son hôtel. Mes réflexions n’ont pas dépassé ce qui convient à ma propre demeure et à celle des gens q.uelconques dont je suis. Jusqu’à une date récente — une dizaine d’années — on n’avait pas même l’air, en France, de se douter que la décoration murale des appartements pût consister en d’heureuses inspirations, et que la vie des champs, qu’il aime, trouve en lui un délicat interprète. J. MÉDAILLE DE LOIS FULLER autre chose qu’en un motif qui se répète sur toute la surface des murs, depuis le haut jusqu’en bas. Comment une pratique si par-faitement dénuée d’intérêt, si ennuyeuse, si agaçante a pu se perpétuer un siècle et demi et se perpétue encore, on se le demande. Il est inouï qu’il ne se soit trouvé personne, pendant ce long temps, pour faire remarquer que l’idée de décoration des murs d’un intérieur emporte celle d’un fait particu-lièrement remarquable, d’une exception se détachant du reste de ces murs. La répé-tition uniforme d’un motif est justement le contraire. Bien comprise et employée dans des conditions convenables, elle peut carac-tériser une surface murale, en lui donnant une texture particulière, différente de l’uni ; mais son action psychologique ne peut aller jusqu’à éveiller l’émotion ou l’intérêt, qui ne s’attache qu’au fait particulier. Le plus curieux est la contradiction qui règne en cette affaire. Tout le monde est à peu près d’accord pour désapprouver ce qui contribue à mettre le dessin de papier ou d’étoffe de tenture trop en évidence, à lui donner l’air de vouloir forcer l’attention, car tout le monde sent instinctivement l’absur-dité de montrer une oeuvre importante cent fois de suite. Mais quand il faut passer de la théorie à la pratique, c’est autre chose. 205