NOVEMBRE 1899 remis à marcher en avant, il le fait sans but déterminé, sans direction précise. On ne s’en aperçoit que trop aisément quand on doit, tous les jours, s’efforcer de con-cilier les goûts de ce public avec les lois de la Beauté et les exigences de la raison. Si amoureux du beau que soit un produc-teur, il n’osera cependant jamais rompre en visière à sa clientèle, et les mauvaises influences, constamment renouvèlées, peu-vent inspirer une direction néfaste aux meilleures intentions. La partie est engagée: d’un côté sont les véritables novateurs, secondés par une connaissance approfondie de l’art et par une volonté ferme et raisonnée, de l’autre sont les ignorants guidés par le seul amour du lucre, soutenus par leur suffisance im-muablement satisfaite d’elle même et par • leur absolu dénuement de scrupules ar-tistiques. Entre eux deux, le public flotte, inconscient. L’éducation du public, et, en même temps des fabricants qui pèchent surtout par ignorance, est le seul remède possible à cet état de choses. De divers côtés, on l’a compris, et des efforts de vulgarisation sont tentés un peu partout. Mais, malgré le travail dépensé et la puissance d’action acquise par les revues et les sociétés fon-dées dans ce but, il faut bien reconnaître que la grande masse du public est à peine effleurée par ce courant d’idées, tandis que les réclames brutales et poussées jusqu’à l’obsession des. marchands ont sur la foule une action puissante et immédiate. GEORGES ISTA LA NATIONAL COMPETITION DE 1899 La fin de l’année est marquée, dans l’évolu-tion des arts appliqués en Angleterre, par deux évènements sensationnels: la National Compe-tition et l’Exposition quatriennale des Arts and Crafts. Nous ne nous occuperons aujourd’hui que de la première de ces deux expositions. Chaque année, par la sollicitude d’un gouverne-ment particulièrement soucieux d’encourager avec intelligence et largesse tous les enseigne-ments artistiques, a lieu au musée de South Kensington une exposition d’ensemble des travaux les plus marquants de toutes les écoles d’art. C’est là un peu en art comme notre concours général de dissertation ou de version KELLER n REINER A BERLIN a TABLE DE FUMEUR ET CHAISE EN CHENE TEINTÉ a LA TABLETTE EN CARREAUX CERAMIQUES ENCADRÉS DE CUIVRE latine. Toutes les écoles d’art y prennent part, depuis celles d’Edinbourg ou de Glasgow jusqu’à celles de Birmingham, de Dundee ou de Liverpool, cette dernière marquant tout particulièrement par l’empreinte qu’a su lui donner cet admirable, délicat et poétique artiste Anning Bell. Il faut donc, par cela même que nous nous trouvons devant des travaux d’élèves, savoir choisir parmi les très nombreuses œuvres ex-posées et reconnaître que beaucoup d’entre elles sont assez médiocres et ne méritent même pas notre curiosité. Cependant, même dans celles-là, on peut reconnaître l’intelligence d’un enseignement qui laisse la personnalité de chaque élève se développer suivant son tempéra-ment ou ses goûts, et auquel on se contente de donner des conseils efficaces sur le parti qu’il peut tirer de telle ou telle matière, au lieu d’endiguer cette personnalité, ainsi que cela est le cas dans nos écoles d’art décoratif. Dans son ensemble, le résultat se ressent de l’intelligence de cet enseignement! Si l’on réunissait un certain nombre d’oeuvres de nos écoles officielles de Paris et de province, il serait facile de voir que nous empèchons juste-ment de toutes nos forces ce que nos voisins