L’ART DÉCORATIF sentiment de la forme capable de ressources d’un ordre plus élevé. La beauté ne peut jamais résider dans l’inu-tite complication. Pour prendre un exemple, lorsqu’on a donné une silhouette élégante au bras d’une console, reMplacé la dureté de la section carrée ou la vulgarité de la section ronde par un modelé dont le choix suffit à lui seul à caractériser l’objet, raccordé har-monieusement cette silhouette et ce modelé à la masse de laquelle ils se détachent, on dit tout a qu’il y avait à dire. Faire apparaître deux ou trois bras au lieu d’un n’est pas in-téresser c’est l’encombrer et nuire à la vision d’un ensemble clair et incisif. Quant au simple découpage, c’est encore pire. Etant donné qu’il est incompatible avec le rôle de cloture des panneaux, on ne peut guère l’appliquer qu’à des surfaces ajoutées au Meuble tout exprès pour recevoir cet ornement Vulgaire. En d’autres termes, on dénature la forme du meuble pour le mal décorer. M. P. Hankar est un des représentants de ce qu’on a voulu nommer le ‹‹style belge», à tort ou à raison. Son modernisme est plutôt superficiel, et la forme qu’il prend, dure et tourmentée dans les parties caractéristiques de ses travaux. On y sent quelque chose de factice ; une originalité voulue, atteinte au détriment du naturel et de l’harmonie. Celà n’empêche que. M. Hankar soit un des architectes les plus recherchés de Bruxelles, et que sans être précisément un chef d’école, il voie plusieurs de ses jeunes confrères suivre ses traces. Il y a quelques années, il fut chargé d’établir deux ou trois devantures de magasins; il le fit d’une manière inattendue, en y rem-plaçant les lignes droites par des combinaisons de courbes et de crochets, dont ses compatriotes M. Horta et M. Van de Velde avaient du reste usé les premiers. Celà fut remarqué. Une foule de négociants bruxellois, en mal de tirer l’oeil du client, se jetérent dans les bras de M. Hankar comme d’un sauveur, et depuis, l’on ne voit plus dans la capitale ‘de la Belgique que bou-tiques dont les portes et les glaces s’encadrent de boiseries des formes les plus bizarres. En-couragé par ce succès, M. Hankar a transporté ses crochets dans la ferronnerie de ses maisons, ce qui constitue le plus clair de leur originalité, mais ne suffit pas pour former un nouveau style. M. Hankar est l’auteur d’un des premiers projets dé «ville moderne, auxquels les com-missions d’expositions ont préféré jusqu’à ce jour les reconstitutions de quartiers moyen-ageux et de ruelles exotiques; ce qui, soit dit en passant, n’est pas à l’honneur de l’esprit qui règne dans les dites commissions. Les planches hors teste de cc numéro ne donnent qu’une idée trés-imparfaite de la pein-ture décorative de M. P. Sérusier. Cette pein-ture, faite à rceuf en s’inspirant des principes géométriques employés par les Egyptiens, les Grecs archaïques, les premiers primitifs et les Japonais, principes retrouvés par les Bénédictins de Beuron (principauté de Hohenzollern), cette peinture est d’une couleur extrêmement vigou-reuse, éclatant en tons sombres (jaune, rouge et noir) d’une harmonie toute nouvelle. C’est ab-solument le contraire de la grisaille de Puvis de Chavannes, et celà dégage néanmoins un charme que le grand maitre lui-même n’aurait pas renié. Ce que nos reproductions font apparaître de l’art de M. Sérusier, cest-à-dire la composition et le dessin, respire la grâce et le naturel, deux qualités malheureusement pas très-communes chez les adeptes des plus nouvelles écoles d’art. Leur présence dans les oeuvres de M. Sérusier, s’ajoutant à ses incontestables qualités de tech-nique, fait d’elles celles d’un des artistes les plus complets de la génération qui commence. 5 ■■••■__ • KOLOMAN MOSER à VIENNE C.) FIND ART DOC