LA RENAISSANCE DE L’ART FRANÇAIS ET DES 1NDUST nes, enclos tout entier. par des rideaux. Ceux-ci étaient alors une nécessité, par suite de la froidure des appartements. Les rideaux, en outre, isolaient ici le Grand Roi de son premier valet de chambre, qui couchait, chaque nuit. au pied du lit royal, sur un lit volant ils lui permettaient de reposer en•paix, tandis que, piano, les garçons de chambre allumaient ou rechargaient le feu, poussaient les volets des fenêtres, enlevaient le mortier n, grosse bougie de cire jaune, qui avait brûlé toute la nuit, et la collation de nuit, et empor-taient le lit du valet de chambre. Dans son lit encore, Louis X IV recevait, en bonnet de nuit, le bonjour des membres (le sa famille et sa nourrice, qui, tant qu’elle vécut, ne manquait pas de venir l’embrasser, chaque matin ; puis chan-geait de chemise, s’essuyait le visage et se avait les mains dans de l’esprit-de-vin, au-dessus d’une assiette de ver-meil, faisait sa prière et livrait les ongles de ses pieds à un opérateur du Service de la Santé, pour les lui couper s’il y avait lieu, ou s’acquittait lui-même de cet office, auquel il s’arrêtait plus ou moins longtemps. (c Le couvre-lit, les rideaux et la tenture du mur, étaient dit Félibien, de velours cramoisi, couvert de broderie si tissue d’or qu’à peine en peut-on reconnaître le fond. » Pendant l’été, ce velours faisait place à un brocart de Lyon, fond violet et cra-moisi. Les angles du baldaquin portaient quatre panaches de plumes d’autruche, avec une aigrette à leur centre. C’était alors un luxe fort à la mode, chez les grands et chez les riches bourgeois, et les plus belles de ces garni-tures valaient jusqu’à 14.000 livres (56.000 francs). Sous Louis XV, le lit avait conservé sa même disposition. Nous lisons, en effet, dans Dufort de Cheverny, à propos de l’attentat de Damiens (5 janvier 5757), que le Roi, couché et n’ouvrant la bouche que pour demander des choses indifférentes, était ■, enfermé entre ses quatre rideaux ”. La chambre, ajoute-t-il, était très éclairée et (c le lit fort noir Sous Louis XVI , qui ne s’en servait plus et cou-chait, comme Louis XV l’avait fait à la fin de sa vie, dans une autre chambre, dépendant des Petits Appartements, le lit, devenu uniquement lit de parade, avait été trans-formé. Mais ce n’était pas encore le lit actuel ainsi que nous l’apprend la description qu’en ‘donne l’État du Mobilier de 1787 Le lit qu’à fait exécuter Louis-Phi-CL. PAUL GRUVER. COYSEVOX. – LA DUCHESSE DE BOURGOGNE. NIERE DE LOUIS XV. RIES DE LUXE 493 lippe est non seulement faux, mais ; n vraisemblable. Sur l’aspect que présentait le véri-table lit de Louis XIV les documents graphiques que nous possédons sont non moins précis que les descriptions écrites. C’est, notamment, une fine et parfaite estampe de Cochin, figurant la Mort de Louis X./V, et un tableau connu, de Nocret, Louis XII’ fondant l’Ordre de Saint-Louis, qui se trouve à Versailles et qui a pour décor la Chambre Royale. Mais, c’est surtout, à quelques pas, dans le Salon d’Apollon, une magnifique tapisserie des Gobelins figurant l’Audience donnée par le Roi Louis XIV, à Fontainebleau, au Car-dinal Chigi, Légat du Pape, le 29 Juil-let 5664, et où le lit du Grand Roi, est représenté de grandeur naturelle, avec son baldaquin, ses panaches et ses aigrettes blanches et rouges et le dessin même presque mathématique, de l’étoffe des rideaux. Les deux lits étaient visiblement. identiques, ou peut s’en faut, ainsi que le reste du décor. I I n’y aurait qu’à copier. Enfin, quoique fort rares, quelques lits de cette époque et de ce type, avec leurs élégantes colonnes de bois sculpté et doré, ont subsisté. Il s’en trouve un notamment à Paris, au Musée des Arts Décoratifs. Du lit Louis-Philippique il siérait donc de conserver l’étoffe de tapisserie de la housse et du dais, qui est ancienne et passe pour provenir du lit de parade du Salon de Mercure. La merveilleuse courte-pointe en dentelle, aux chiffres enlacés de Louis XIV et de Marie-Thérèse, fut exécutée, vers 16S2, pour le lit même de la Reine. C’est une autre relique, précieuse entre toutes. Mais la vraie place du lit qu’on nous exhibe serait dans un grenier. On lui reconstituerait facilement un rem-plaçant qui, non plus, ne serait pas sans doute le lit authentique où dormit Louis XIV et où il rendit le dernier soupir. Il pourrait du moins s’en rapprocher très sensiblement. Il y aurait bien dans le public, surtout durant les premiers temps, quelque ébahissement de voir dis-paraître et mettre au rancart un meuble de cette enver-gure, deyant lequel il avait pris l’habitude de s’extasier. Mais, à tout prendre, cet acte d’énergie et de bonne foi vaudrait mieux, mille fois, que le respect indéfini d’une absurdité. PAUL GRUYER. FIND ART DOC