9° L’AMOUR DE L’ART un art qui lui soit propre. Chez François Le Coeur, l’imagination et la fantaisie impriment aux plans des caractéristiques évidentes : d’un principe technique, comme le mur convexe, il sait tirer un parti esthétique très personnel ; d’une heureuse combinaison de poutres, il forme une coupole ingénieuse et inédite. ** Cette constatation nous donne à nouveau l’occasion de souligner que l’architecture du béton armé est loin d’être obligatoirement un art international, imperson-nel, comme le veulent prétendre des observateurs trop hâtifs. Le tempérament et la sensibilité inter-viennent dans les oeuvres des vrais architectes et les marquent, nettement, de personnalités bien différentes; à plus forte raison, les races et les climats déterminent-ils d’appréciables variantes dans les concepts architec-toniques. L’oeuvre de Le Coeur nous fournit, au surplus, une autre remarque. Les édifices que cet architecte a conçus depuis plus de vingt ans pour l’administration des P. T. T., consistent en immeubles dont ‘on exigeait seulement des qualités utilitaires. Or, Le Coeur a su faire, de ces bâtiments industriels, des constructions remarquables et représentatives de l’architecture du béton armé. Ainsi a-t-il démontré une fois de plus, qu’avec une parfaite connaissance de la construction, avec de la probité, du courage et du sentiment, la ma-tière s’ordonne et parle, se plie aux besoins et suscite l’émotion : par l’intervention d’un constructeur inspiré, l’usine, le building, l’immeuble administratif devien-nent de l’Architecture. C’est peut-être pour cette grande leçon de clacis-sisme que Le Coeur mérite le plus d’être loué ; car elle vient à point mettre en valeur la toute-puissance de l’Architecte et apporter quelque clarté dans la confu-sion actuelle. Le  » style usine « , dont certains veulent stigmatiser la construction en béton armé, n’est  » style usine  » que par la carence de la plupart des archi-tectes. D’aucuns méprisent un matériau dont ils igno-rent les admirables possibilités et, en en négligeant l’étude, abandonnent à l’ingénieur les projets de bâti-ments industriels indignes de leur  » grand talent « … Le public, mal renseigné, se conforme à ces erreurs. Aussi devons-nous un hommage à l’Administration des P. T. T., qui adopta le béton armé pour ses cons-tructions en un âge où régnaient la prévention et l’in-terdit, et qui sut découvrir un architecte d’envergure. A Edouard Estaunié, alors directeur du service des bâtiments au Ministère des P. T. T., revient l’honneur d’avoir pris ces heureuses initiatives : elles nous ont valu des oeuvres comptant parmi les plus belles mani-festations de l’architecture actuelle. CENTRE D’HYGIÈNE INFANTILE A NEUILLY. – 1922. Marcel MAYER. FIND ART DOC