coussins et tous les rubans de Colette, par toute la littérature de Gyp. Il n’était point de luxe, le grand seigneur Raminagrobis, terrible comme ces mots magiques qui ouvrent les portes de la mort ou de l’enfer. De l’enfer, Raminagrobis a copié les grâces des démons qui passent à travers les coffres pleins de verres vénitiens et de pagodes de porcelaine sans en émouvoir les échos. Il a leur spontanéité dans les apparitions : Lorsqu’orifile cherche sous le lit c’est du faîte d’une armoire qu’il surveille avec ‘ironie nos recherches et qu’il savoure notre inquiétude. Comme les -démons, c’est la pire heure de désespoir ou d’inquiétUde :qu’il choisit pour annoncer avec un vrombissement d’esprit malin sa présence familière. Il n’est pas le compagnon de tous les jours. Il attend son heure : avec cette patience de ceux qui n’ont pas une même mesure que nous, occidentaux, pour estimer le temps. R;règle son sablier à la façon des asiatiques, faisant souvent du jour sa nuit et remplissant parfois sa nuit d’une immensité de temps, d’amours et de cris. Il est le plus riche de tous les animaux, car il est celui qui possède le plus de loisirs. Il est aussi le plus sage, car il sait que le tra-vail est toujours pénible et sans noblesse. Enfin ce qui retiendra sans cesse et longuement le philo-sophe, c’est que le chat est de tous les animaux de la création celui qui connaît le mieux l’économie de la force. Il ne se lance pas dans les sottes aventures, tel le chien cou-rant un volatile à travers la route. Il mesure sa puissance. Il semble qu’il en connaisse les limites et les subordonne à des fins ultimes. Il ne s’essouffle jamais. Il est d’un acier inusable. Même au cours des pires orgies noc-turnes, après les chants, les râles et les batailles, après les corps à corps et les meurtres et les viols, il apparaît correct et maître de la force malgré ses blessures. Il faut voir dans les cas désespérés, par exemple lorsqu’il est acculé par des mâtins aboyants et stupides, comme sa machine de guerre est encore soumise aux ordres précis de son intelligence. Ne se lançant dans aucune entreprise qu’il n’en ait mesuré l’étendue et les conséquences, il possède le vrai courage de ceux qui savent que l’aventure n’a de limite que la mort.