• SEVERINI. Gino Severini vient de s’éteindre à Paris à l’âge de quatre-vingt-trois ans. Son nom et son oeuvre resteront liés à Phis-toire du Futurisme, dont il fut avec Boccioni l’artiste le plus représentatif. Venu à Par;s en 1906, Severini a été l’un des signataires du Manifeste des Peintres Futuristes, publié à Turin en 1910, un an après que le poète italien Marinetti eut lancé l’idée d’un mouvement antipasséiste, d’où le nom de « Futurisme ». Bien que pendant ses premières années à Paris Severini ait connu Picasso et les écrivains qui fréquentaient le Bateau-Lavoir, il semble que la technique divisionniste de Seurat et tes tons purs des néo-impressionnistes aient influencé la peinture de Severini plus que le Cubisme. La véritable révolution accomplie dans la peinture par le Futurisme devait être le dynamisme des formes et la simultanéité des rythmes, de sorte qu’aujourd’hui l’art dit cinétique se réclame des premières recherches futuristes. A la même époque en France, on ne trouve des recherches parallèles que dans l’oeuvre de Delaunay. Severini prit part en 1912 à la première exposition futuriste chez Bernheim jeune à Paris. C’est de cette époque que date la toile célèbre « Danse du Pan Pan au Monico », disparue, et reconstituée il y a quelques années par Severini, qui l’a offerte au Musée d’Art Moderne de Paris. La guerre de 1914 (Boccioni est mort en 1916), devait interrompre l’élan des premiers Futuristes. Severini lui-même, vers 1925, se détourne du Cubisme et de l’Abstraction pour revenir à une figuration décorative que ses nombreux travaux de fresques peuvent expliquer. Ensuite, Severini revint à l’abs-traction, s’attachant à perfectionner la technique de la mosaïque, créant des reliefs et à nouveau des peintures dans lesquelles il abordait encore récemment un dépas-sement de la peinture de chevalet par la peinture murale. D’une grande finesse d’esprit, Severini était aussi un écrivain ; il a publié ses mémoires, des poèmes, il faut enfin rappeler ici qu’il avait épousé la fille du poète Paul Fort. Severini a été un grand artiste et un « galant’uomo ». Simone FRIGERIO. LES EXPOSITIONS A PARIS par Roger Bordier. Simone Frigerio. Henri Galy-Carles. Gérald Gassiot-Talabot. Jean-Jacques Lévêque. Martine Boileau Le piéton coelacanthe. Leurs Chavignier. Le prophète. R. Veysset. Sculpture polychrome. Pol Ferray. Penne • Le Salon de Mai. Le Salon de Mai parvient à éviter la sclérose qui menace tous les Salons, en ouvrant largement ses portes aux jeunes tendances à la mode. Cette année, les « ouvertures sur l’avenir » concernent le troisième sexe de l’art , les « objets », c’est-à-dire l’art hermaphrodite, moitié sculpture, moitié peinture, qui s’est manifesté dans tous les pays depuis 1960, réincarnation de Dada rajeuni par le Pop. Au Salon de Mai 66, il y a donc un capharnaüm d’ « objets » et de peintures hétéroclites,. (d’aucuns l’appellent la Kermesse), dont l’unité de mesure est le kilo, le kilogramme et le kilomètre. Dada 1966 se veut parfois moraliste, et ce « nouveau » réalisme sans humour est aussi ennuyeux que le réalisme socialiste officiel. Il me semble que dans ce domaine les Américains et les Britanniques font mieux. Quelques « objets » retiennent pourtant l’intérêt du visiteur, même s’ils sont disséminés dans d’autres salles : la mouche de Lalanne, l’épervier de Bjôrk, le pouce de César… L’un des meilleurs jeunes « objec-teurs », J.-P. Reynaud, récuse le style marché-aux-puces dont nous commençons à être lassés. La démonstration de l’anti-art, valable en tant Que geste et attitude, dénonce l’impossibilité de durer, l’aspect éphémère de la vie, les fléaux à venir… Lieux communs qui sont traduits par des oeuvres dont les frêles matériaux accentuent le caractère provisoire. Les « objecteurs » ne s’intéressent pas à la plasticité de l’objet, puisqu’a priori, les « objets » en question doivent être inutiles, choisis parce qu’ils sont des rebuts. Cette glorification de l’horrible n’est peut-être qu’une poussée de romantisme, un romantisme qui est une déviation du surréalisme. Le Salon de Mai ne manque ni de vrais peintres ni de vrais sculpteurs. L’accro-chage bord à bord d’immenses toiles dont les styles se heurtent ne profite pas toujours aux plus véhémentes. En dépit de la présence en force des Cobras, on remarque la poésie de Degottex, le lyrisme de Schneider, la magie de Messagier, l’éclat de Singier. Le coin des abstraits formels est l’un des plus solides ; l’art cinétique n’est pas représenté en groupe de recherche visuelle, mais on note un grand collage de Vasarely, des vibrations de Soto à côté d’un curieux relief de Dewasne, et dans ce voisinage, une Peinture rigoureuse de Luc Peire, les excellentes toiles de Sugaï, Bozzolini, un creuset de Pillet. Peu de surprises chez les authentiques surréalistes, mais encore, une curieuse toile de Oelze, un Hundertwasser très littéraire et un imposant Wilfredo Lam. La salle de sculpture est brillante, en dépit du voisinage des objecteurs. Calder a lancé une mode durable, la sienne ; son totem défie toutes les générations. L’art conçu pour durer trouve encore des adeptes chez les artistes et dans le public, mais une même incer-titude pèse sur le devenir de toute tendance, si nouvelle soit-elle. Par conséquent jugeons le Salon de Mai comme un brillant feu d’artifice qù’on tire chaque année, sans plus. S. F. • Le Salon Comparaisons. Soucieuse de chercher un renouvellement de son Salon par une clarification toujours plus efficace des diverses tendances picturales qui se développent à notre époque, la présidente du Salon Comparaisons, Mme Bordeaux Le Pecq a séparé cette année les tendances figuratives et non figuratives en groupant les salles au lieu de !es intégrer comme lors des précédentes manifestations. Nous ne pouvons que souscrire à cette heureuse initiative et, comme nous sommes particulièrement attachés à ce que nous pensons être la véritable évolution de la peinture contemporaine, c’est aux salles non-figuratives que nous porterons notre attention. Dans sa préface pour le catalogue, Mme Bordeaux Le Pecq nous fait l’honneur d’employer deux expressions extraites de notre propre terminologie « Le naturalisme imaginaire abstrait » et le « Subconscientisme » pour situer les deux tendances picturales de tradition technique classique les plus caractéristiques qui s’affirment actuellement, et dont nous avons maintes fois fait état ; cependant, il ne semble pas que dans ce Salon les représentations désignées ci-dessus soient encore entièrement bien comprises ;.en effet, il nous paraît pour le moins étrange, par exemple, de trouver parmi les « naturalistes imaginaires abstraits » un artiste comme Piaubert qui est une des têtes de file des « subconscientistes », ou comme Aldine, exemples qui ne sont pas du reste les seules erreurs de classement que nous avons remarquées. Bien entendu, nous souscrivons entièrement à la terminologie « Géométrie et Cinétisme », dont le groupe est particulièrement dominé cette année par la toile de Bozzolini à côté-duquel-nous pouvons également noter les noms de Leo Breuer, Dey-rolie Pettoruti, Manera, Bernardou, Cruz-Diez, Soto, Vasarely, Tomasello, mais pourquoi trouver parmi ces artistes Seund fa Rhee, Smadja, Charchoune qui ont également de belles toiles, mais ne sont ni géométriciens, ni cinéticiens ? Parmi les « subconscientistes », citons Clerc, Sima, Roel, Chapuis, Rezvani. Parmi les « naturalistes imaginaires abstraits », les excellentes oeuvres de Baron-Renouard. Bryen, Bertholle, Kolos-Vary, suivies de celles de Berthier, Campos-Melo, Middelton, Corneille, Couey; mais que font dans ce groupe Moulin, qui est un « Egocentriste abstrait » ? N’oublions pas Hanich, Miotte, l’un « Subconscientiste », l’autre « Ego-centriste abstrait », ni Huguette Bertrand, latin et Caillaud que nous trouvons encore ailleurs au gré des salles. Parmi les représentants de l’anti-peinture que nous appelons « Intégrationisme », terminologie qui nous paraît plus large et plus juste, notons : Kalinowski, Martini, Meissner, Pavlos, Boussac, ainsi que Domela et Pillet, placés aussi dans un autre groupe, et parmi les « lettristes » qui s’apparentent aux « Subconscientistes », signalons Brown et Jessemin. En ce qui concerne les sculpteurs, citons les oeuvres de Chavignier, les frères Baschet, Knoop, Dyens, Veysset, Guzman, Di Teana, Di Martino, Morens, David Aven, Guillaume, qui ont retenu notre attention. Souhaitons, en terminant que le prochain Salon donne une vue plus claire et plus rationnelle encore, des diffé-entes tendances plastiques actuelles. (Musée National d’Art Moderne.) H. G.-C. Geer van Velde. Composition. • Lanskoy et Geer van Velde. Les efforts accomplis depuis quelque temps par le Musée Galliera méritent d’être encouragés. Des expositions tempo-raires bien choisies, sans prétendre riva-liser avec les grandes manifestations du Musée d’Art Moderne, pourront combler certaines lacunes dans la diffusion objec-tive des différents aspects de l’art contem-porain. Les deux peintres que présente le Mu-sée Galliera ont à peu près le même âge; ils appartiennent à la génération de ceux qui abandonnèrent la figuration non con-ventionnelle pour une abstraction sans rigueur, vers les années 1943-45, à contre-courant des abstraits formels géométri- 1 sant. Le parallèle qui nous est proposé permet d’observer les divergences pro-fondes entre les deux démarches et la personnalité affirmée de chacun des artistes. La peinture de Lanskoy est d’abord tempéramentale ; peut-être faut-il cher-cher dans les origines russes du peintre une prédilection pour les empâtements expressionnistes et la richesse de cou-leurs pleines de résonances folkloriques. Un graphisme structurel rythme toutes ses toiles, mais on ne peut cependant pas dire que la peinture de Lanskoy soit abso-lument gestuelle. L’exposition ne montre pas de peintures figuratives de Lanskoy, ni ses peintures sur papier, ni ses grands collages si caractéristiques, c’est dom-mage. Très différent d’inspiration, l’art subtil de Geer van Velde, se révèle beau-coup mieux dans cet excellent ensemble de toiles échelonnées entre 1946 et 1965, que dans les Salons, où trop souvent des voisinages intempestifs couvrent de leurs clameurs la ligne mélodique d’une pein-ture interprétée à « mezza vote ». R. V. Gindertaél, fidèle à cette géné-ration de peintres dont il a suivi l’évolu-tion, a préfacé avec beaucoup de perti-nence les deux expositions jumelées. (Musée Galliera.) S. F. • Fritz Glarner. Né à Zurich à la fin du siècle dernier Fritz Glarner vit, aujourd’hui, dans la région new-yorkaise. Il est l’un des prin-cipaux représentants (du moins l’un des derniers survivants) de ce mouvement spécifique des débuts du siècle et qui visait à définir un art épuré qui aborde ie domaine d’une mystique que n’altère ni ne modifie ou aménuise le sentiment humain, un art détaché d’un sentiment autre que cette aspiration à une sorte de grandeur idéaliste de l’espèce. Mais con-trairement à quelques autres néo-plasti-ciens Glarner ne refuse pas la vie, la réalité. Il dit lui-même qu’il veut la digé-rer, l’assimiler, la comprendre : l’oeuvre d’art étant une quintessence de cette connaissance et, sans doute, une repré-sentation idéalisée. De plus l’artiste entend dans ses oeuvres échelonnées ae 1949 à 1962, présentées ici, et dont le mode ‘este identique, opérer une sorte d’approche de l’intégration générale des arts, visant à fondre dans une discipline commune tou-tes les aspirations de la création afin de trouver un langage ayant une portée uni-verselle. Là encore on retrouve une vo-lonté de lier l’art à la destinée et à l’aven-ture de l’homme. Et si son oeuvre ne reflète pas directement cette attache avec la réalité, elle est riche comme un arbre est riche d’une sève que l’on ne voit pas. Cela donne à son écriture stricte (mais curieusement commandée par des frag-mentations en biais. des décalages qui animent la surface et créent des profon-deurs) une portée exemplaire. (Galerie Louis Carré.) J.-J. L. • • Degani. La première exposition à de Degani nous révèle l’originalité jeune école nouvelle de peints qui nous sont p génieusement des resso synthétiques, parfois peine transposés. C’est duit en langage op’ par (Galerie Jacqueline R Paris de la Photos A. Held, A. Morain, Maywald, R. Voinquel, J. Hyde, J. Dubout, P. Golendorf, J. Hampl, M. Vaux, R. Essen, E. Jackson.