• Né à Turin en 1920, Paolo Soleri fit ses études d’ingénieur dans cette ville. Après la guerre, en 1947, il partit aux Etats-Unis où il étudia, pendant un an et demi, à Taliesin West, avec F. L. Wright qu’il quitta pour s’installer, dans le désert de l’Arizona, près de Phoenix, où il travaille actuellement. • Les seules constructions qu’il ait réalisées sont : une fabrique de poterie en Sicile, son habita-tion personnelle qu’il construisit, en 1953, avec Marc Mills, ancien é:ève de Frank Lloyd Wright. • Tout en réalisant de façon artisanale des objets de céramique et de bronze, il consacre une grande partie de son temps à des recherches dont la préoccupation profonde est la création d’un monde futur : « Mesa City », projet poursu;vi grâce à une bourse de la « Graham Foundation for Advanced Studies in Fine Arts »; « Fondation Cosanti », centre de recherches devant être construit aux Etats-Unis. (Voir « L’Architecture d’Aujourd’hui », 102, 110, 115, 119.) • Choisi dans un album de dessins récents (villes-tours cités subaquatiques, ville-barrage, etc.), nous présentons ci-contre le projet d’une ville intitulée « Babel Il C » s’élevant à 800 m et d’un diamètre de 1 700 m environ. Ce projet peut se rattacher à la série des « Megastructures », immenses supports recevant des microstructures (habitations, travail, loisirs, éducation, culte, etc.). Du même album est extrait le texte consacré à la ville. • La ville est un problème humain qui doit trouver sa réponse dans l’architecture. En dehors d’elle, il n’y a pas de réponse. Le problème reste sans solution. Si, pour quelques-uns, cette proposition semble logique, pour la majorité, elle ne présente aucune valeur. Les conséquences d’une telle indifférence sont doubles. 1) La ville est en réalité en voie de disparition et l’homme se trouve ainsi diminué. 2) L’architecture, surpassée par la pseudo-architecture (la construction) est jugée et condamnée d’après la valeur de cette pseudo-architecture, c’est-à-dire presque rien. L’homme se trouve en face du syllogisme suivant: a) La ville est le berceau de l’expression de la civilisation. b) La société matérialiste (la concurrence libre) a pour ainsi dire, détruit la ville. c) Ainsi le matérialisme saisit le destin de l’homme. c’) La ville est un phénomène non matérialiste — si la vicie est un phénomène non matérialiste, il s’ensuit que l’attaque spéculative sur le problème urbain est dépourvue de la puissance fondamentale exigée par la solution, c’est-à-dire le souci d’un engagement non spéculatif. Puisque la spéculation est, ou était, contributive à la richesse, ce qui n’est pas contributif, est ce qui est engagé au-delà des buts spéculatifs. La spéculation peut être contributive à la ville, elle ne peut pas être son but. Puisque la ville ne peut pas être spéculative, elle ne peut être l’aumône de « l’autorité ». L’aumône ne se soucie de rien. Elle est indifférente, c’est seulement un autre aspect de l’exer-cice spéculatif. Les soucis qu’elle a pu avoir à l’origine ont été perdus dans les méandres bureaucratiques et parmi leurs agents parasitaires. L’inquiétude est une entreprise à la première personne. Le souci du citoyen est la sève de la ville. Mais on ne se soucie que de ce que l’on aime. Une ville aimable est un pas vers une ville vivante. Une ville belle n’est pas un hasard, comme une personne belle n’est pas un hasard. La concurrence libre a été une réussite du point de vue technologie. Du point de vue social et d’environnement, elle e été catastrophique. C’est peut-être l’explicaticn la plus concluante de l’environnement pauvre des U.S.A., de ses villes qui sont des monuments au chaos et à l’amorphisme. Les nouvelles définitions de l’architecture peuvent ouvrir une porte à la quête de la ville pour trouver une vie nouvelle. L’architecture est la forme physique de l’écologie de l’être humain. Pourquoi la forme et non pas la structure? La structure est la réponse qui se limite au paramètre local. La forme est cette réponse structurée qui cherche consciemment et embrasse les voix distantes aussi bien que le discours local : écologique. La forme est ainsi l’hyperstructuration de la logique totale. La forme est le sujet de l’esthétique. On peut dire que la résolution esthétique nait du purgatoirc structural et fonctionnel 1) il y a un composé d’intentions fonctionnelles et esthétiques; 2) il y e la masse de la matière formant à la fois un pont et un obstacle à la résolution ‘ • 3) il y e des règles qui rendent la matière telle qu’elle est: 4) l’esprit affronte la matière à l’aide de sa compréhension partielle de telle règle ; 5) la purge se fait dans le conflit subséquent où les parties se soudent ayant été purifiées à travers le filtre de la structure et de la fonction. Ce qui se purifie est, ni la structure ni la fonction, mais le but humain, se volonté et le frémissement de ses désirs. La chute des éléments non essentiels dans le purgatoire de la structure et de la fonction clarifie la grammaire, rattache l’unique à la routine, et expose l’univers rationnel à la lueur de sa transfiguration possible. S’arrêter au niveau structural implique l’exclusion de l’homme du but tout en prcfilant de lui uniquement pour le processus. La ville est alors fondamentalement un phénomène esthétique si toutefois elle peut pré-tendre être quelque chose. Paolo SOLERI